Hommages à Paul Demers

Paul Demers a composé la chanson «Notre Place»,... (Martin Roy, Archives LeDroit)

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Paul Demers a composé la chanson «Notre Place», devenue l'hymne de la francophonie ontarienne.

Martin Roy, Archives LeDroit

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Nos lecteurs soulignent l'influence dans la francophonie ontarienne de Paul Demers, décédé samedi d'un cancer du poumon.

Un volcan sous des eaux calmes

Paul Demers nous a quittés sans faire de bruit. Il nous avait prévenus, mais on ne pensait pas qu'il partirait si vite. À Orléans, il avait transformé son salon en chambre d'accueil, entouré de ses bonbonnes d'oxygène. Cet air qui le maintenait en vie, il le donnait aussi abondamment. Avec le temps, il portait tout juste son corps comme une formule de politesse, un vêtement jeté vite sur l'âme pour recevoir ses amis. Sa vie est un roman. Il fut l'un des fondateurs du Contact Ontarois. Je le revois en septembre 1978, à Toronto. Il a 22 ans. Guitare sèche, voix captivante, d'une grande musicalité. Le public lui appartient. Il ne le quittera plus durant plus de 30 ans. À la fin des années 1970, il fonde le groupe Purlaine, à Hearst. Purlaine c'est du feu. Le groupe enflamme les écoles. En 1990, Paul Demers lance son premier album. On y retrouve « Zydaco pour Magali », écrit pour sa fille, mais aussi « En stéréo et en couleurs », et « Mademoiselle », écrit par Jean-Marc Dalpé. 

Il vit en tournée et sillonne toutes les scènes. « Un jour j'irai dans l'nord » devient le hit de toute une génération. Il joue avec Richard de Grandmont à la batterie, Michel Loiselle à la basse et Sylvain Lavoie aux claviers. Paul Demers vient se ressourcer au Contact Ontarois. Ovations debout. Il repart au quart de tour, galvanisé. Dans les années 1990, il forme PAD avec Robert Paquette et Marcel Aymar. On a le bonheur d'avoir sur scène les trois grandes stars de la chanson franco-ontarienne. Sa carrière prend alors de l'ampleur. Il tourne en Louisiane et en Europe. Il participe aux spectacles de plusieurs artistes : Bruce Cockburn, Céline Dion, Richard Séguin et Robert Charlebois. Même chanté « Lindbergh » avec Louise Forestier !

En 1999, il lance son deuxième album, « D'hier à toujours ». Les titres sont évocateurs du temps qui passe et que chaque année est comptée : Déjà demain, Pour continuer, Pour ceux qui restent, L'orage passera, D'hier à toujours. Sur cet album, il écrit l'une de ses plus belles chansons : Chanson pour Gabrielle.

Paul Demers est membre fondateur et ancien président de l'Association des professionnels de la chanson et de la musique (APCM). C'est une autre corde à son arc.

En septembre 2011, Paul lance son troisième et dernier album Encore une fois. Plusieurs chanteurs participent à l'album : Damien Robitaille, Tricia Foster, Shawn Sasyniuk, Olivier Fairfield et Daniel Boivin. Il dira de cet album qu'il « vient de mon vécu, de mon amour pour la musique et pour la vie ».

Depuis son décès, le web est inondé de témoignages, de souvenirs, de photos. Tout le monde l'aimait parce qu'il aimait tout le monde. Sa chanson « Notre place » est devenue l'hymne national des Franco-ontariens.

Le plus étonnant de sa vie c'est que Paul Demers a chanté depuis plus de 30 ans le corps malade, gagné par la maladie de Hodgkins. Cette douleur persistante, il l'aura vécu toute sa vie en montant sur scène. Il n'en parlait jamais. Eaux calmes, douces, engageantes, tel était sa nature, tandis que dormait au plus profond de lui ce volcan qui vient de l'emporter. Bon vent, bonne route Paul. Nous t'aimons et cette joie que nous avons quand nous pensons à toi, personne ne pourra nous la ravir.

Jean Malavoy, Azilda

« Notre place », la première fois

C'était le 17 novembre 1989 à Toronto, rencontre d'automne de l'ACFO provinciale. Le lendemain, nous allions célébrer l'entrée en vigueur de la Loi de 1986 sur les services en français. Nous avions terminé assez tôt. Un rideau séparait une section de la salle où nous terminions nos travaux, quand le rideau se rétracta pour laisser apparaître Paul Demers et Robert Paquette, guitares en main. Sans mot dire, ils commencèrent à chanter en harmonie une chanson inconnue, « Notre place ». Ce fut le choc, la grande émotion, les pleurs de joie même, d'entendre cette chanson qui parlait de nous, nous engageant à prendre la place qui nous revient en Ontario. Cette présentation intime pour les leaders du temps de nos organismes franco-ontariens et des ACFO régionales, allait nous laisser à jamais émus, nous les premiers chanceux à l'avoir entendue. La surprise de cette première manifestation avait été bien réussie. Le lendemain, les deux artistes l'ont enseigné à un groupe d'écoliers car en soirée, lors d'un extraordinaire spectacle télévisé par TFO et repris par TV5, devant une foule en délire, la chanson « Notre place » connut son vrai lancement public. Quand le spectacle fut terminé, ce fut la fête pendant que nos deux bardes franco-ontariens reprenaient le nouvel air, dont les paroles commençaient à s'inscrire dans nos mémoires. J'ai souvenir, entre autres, d'un monsieur de Val Rita, debout, des larmes coulant le long de ses joues. Nous allions la prendre, notre place.

Rolande Faucher, Présidente de l'ACFO provinciale, 1988-1990

Un animateur, un pilier

Le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est est attristé d'apprendre le décès de Paul Demers, un pilier incontestable de la francophonie ontarienne. 

Fervent défenseur de la langue française, il a su rallier des milliers de Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens autour d'une identité dont nous sommes tous aujourd'hui très fiers. Paul Demers aura laissé une marque indélébile sur la francophonie ontarienne: un hymne rassembleur qui continuera d'être entonné avec fierté. En plus d'une de nos écoles, qui porte le nom Notre-Place en son honneur, Paul aura aussi laissé sa trace dans la grande famille du CECCE où il a travaillé comme animateur culturel auprès des élèves du Collège catholique Samuel-Genest. Il a également contribué à la réalisation de la chanson thème du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est pour souligner son 10e anniversaire, en 2008, avec les élèves de l'Académie catholique Ange-Gabriel à Brockville.

Johanne Lacombe, présidente du Conseil des écoles catholiques du Centre-Est

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