«Je suis Donald Trump»

Steve Wozniak, Ev Williams, Jimmy Wales et Pierre... (Archives, AFP)

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Steve Wozniak, Ev Williams, Jimmy Wales et Pierre Omidyar, respectivement cofondateurs d'Apple, Twitter, Wikipédia et eBay, figuraient ainsi cet été parmi la centaine de signataires d'une lettre ouverte du secteur avertissant que Donald Trump à la Maison-Blanche serait « un désastre pour l'innovation ».

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Si un candidat aux élections présidentielles américaines mène une vie sobre, vertueuse, ordonnée, il fait le désespoir des journalistes et, plus tard, des biographes. Car les uns et les autres sont épris d'anecdotes et de détails piquants. Heureusement pour les journalistes, tel n'est pas Donald Trump. Il les tient en haleine par ses égarements avec les femmes, ses coups de gueule dans toutes les directions, ses emportements spectaculaires.

Il faut reconnaître que les médias le malmènent, pour ne pas dire l'assassinent. Il s'en plaint violemment. Mais, si nous disons : « Je suis Charlie », par contre, lui, d'un narcissisme accompli, plus imbu de lui-même que blessé, pourrait bien dire : « Je suis Donald Trump. »

Pourquoi tant de millions d'Américains sont-ils derrière le personnage? Ce n'est pas pour son leadership : il porte la division même à l'intérieur de son parti ; ni pour son expérience dans les affaires publiques : elle est nulle ; ni pour son engagement à assurer la sécurité : il est un danger pour la planète ; ni pour la solidité de son jugement : il raisonne comme un enfant de six ans car il n'acceptera pas le résultat d'élections « truquées » sauf « If I win », dit-il.

Pourquoi suivent-ils alors Donald Trump? Leur choix est-il insensé? Dépasse-t-il l'entendement comme on l'entend dire souvent?

Ils se mettent derrière lui pour tourner le dos à l'establishment. Car une large partie de la société américaine n'a plus aucune confiance dans ses élus : elle les voit avec un mélange de honte et de haine. Elle a d'eux un ras-le-bol, et c'est là-dedans que le redoutable rapace républicain picore à sa guise.

De son côté, Donald Trump se donne comme le parfait antipoliticien. Toute sa personne, son allure, son attitude, le son de sa voix, son regard, le moindre geste témoignent d'une seule idée : le rejet violent de l'establishment.

L'héritage de Donald Trump sera lourd à porter, car il rendra extrêmement difficile de recréer le lien de confiance envers la classe politique. De fait, « recréer, c'est plus que créer, écrit François Varillon. La puissance de re-créateur est au coeur de la puissance créatrice comme une superpuissance. »

Après Trump, comment croire à nouveau en la politique? C'est, me semble-t-il, si la politique devient modeste, comme elle l'est devenue en France. Car elle est à des années-lumière de celle de Charles de Gaule, président de la République de 1959 à 1969, lui qui terminait invariablement ses messages à la Nation en disant : « La France sera toujours la France », sous-entendant qu'elle était invincible.

« La politique, écrit André Comte-Sponville, n'est pas là pour changer la vie. Elle est là pour maintenir ou améliorer ce qui la rend possible. La politique n'est pas là pour nous rendre heureux ; elle est là pour combattre ce qui nous empêche de le devenir ou de le rester : la misère [...], l'insécurité... »

Et même là, dans sa lutte contre l'insécurité, la politique touche de nouvelles limites avec les attentats terroristes. Pendant son récent séjour au Canada, le premier ministre de la France, Manuel Valls, a déclaré qu'il fallait maintenant apprendre à vivre avec la menace terroriste.

Oui, la politique, forcément, est devenue modeste. Non seulement en France, mais dans tout l'Occident, ne serait-ce que pour la seule raison qu'aucun État n'est à l'abri d'attaques terroristes.

L'État du Vatican n'échappe pas au mouvement. Sous l'impulsion du pape François, l'Église n'est plus une forteresse imprenable, mais, comme il dit, « un hôpital de campagne après la bataille ». Comme nous l'a montré l'émission Enquête du 13 octobre dernier, l'establishment de l'Église rechigne. François, c'est un coup de tonnerre dans le village cardinalice assoupi, la Curie.

Je relève l'exemple de François, parce qu'il fonde l'espérance que l'on peut recréer le lien de confiance envers les leaders. Quand il a été élu évêque de Rome, le 13 mars 2013, la très grande majorité des gens, même parmi les fidèles, n'avaient plus foi dans le leadership de Rome. Or, en quelques mois seulement, François a rétabli le courant.

Mais à politique modeste, leader modeste, et c'est justement ce qu'est ce pape. Il est l'humilité même, une humilité conséquente, au point qu'il est le leader le plus aimé de la planète.

Antoine de Saint-Exupéry a écrit ces mots que Donald Trump aurait grand profit à méditer et que François met très largement en action : « La grandeur d'un métier est peut-être, avant tout, d'unir les hommes. » N'est-ce pas ce que font les journalistes authentiques qui créent une chaîne humaine autour d'un même événement rapporté dans sa vérité tout entière?

L'auteur, Gérard Marier, est prêtre à Victorialville

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