L'accord sur les soins de santé: une occasion pour la santé publique

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Mariane L. St-Gelais, Le Quotidien

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Cet automne, les ministres de la Santé de tout le pays négocient un nouvel accord sur les soins de santé. Il porte sur le financement du système de médecins, d'infirmières et d'hôpitaux qui prennent en charge les Canadiens lorsqu'ils sont malades ou blessés.

Toutefois, cet accord offre aussi aux ministres la possibilité d'influer encore plus sur la santé en reproduisant à grande échelle des solutions en santé publique qui permettent avant tout de prévenir la maladie et les blessures. 

Santé publique s'entend des conditions et des biens publics - eau propre, aliments salubres, voies cyclables et programmes de vaccination - qui rendent les milieux plus sains pour tous. Ces biens ne peuvent être achetés par les gens. Leurs bienfaits ne sont pas toujours immédiats ou même faciles à voir et à mesurer. De puissants groupes de pression ne militent pas en leur faveur. Résultat : la santé publique est chroniquement sous-financée par la société, et elle est souvent vue comme le parent pauvre de la médecine. 

Selon l'Institut canadien d'information sur la santé, les sommes consacrées aux hôpitaux, aux médicaments et aux services de médecin seulement comptent pour plus de 60 % de toutes les dépenses de santé. 

Une tendance semblable s'observe pour le financement de la recherche. L'an dernier, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), l'organisme fédéral qui finance la recherche en santé, et que j'aide à diriger, ont investi 973 millions $ dans la recherche en santé. La plus grande partie de cet investissement est allée à la recherche biomédicale, clinique et sur les services de santé, considérée comme vitale. Mais seulement 8 % du financement - 81 996 703 $ pour être exact - a servi à la recherche en santé publique, domaine qui offre certaines des plus grandes possibilités pour prévenir la maladie et permettre de vivre des vies plus saines et heureuses. 

À l'évidence, la santé publique doit continuer de croître en ampleur, en notoriété et en impact. 

Quatre raisons au moins expliquent pourquoi nous - en tant que société - n'investissons pas assez dans la santé publique. Ce n'est pas que la classe politique ne se soucie pas de la santé des citoyens; les obstacles sont systémiques. Ils ont à voir avec la manière dont nos cerveaux fonctionnent et nos sociétés sont organisées. 

Premièrement, les humains ont évolué pour réagir aux menaces immédiates et agir de diverses manières qui leur procurent des bienfaits personnels tangibles. Contrairement aux soins médicaux, la santé publique apporte des bienfaits qui souvent ne sont pas attribuables à des personnes en particulier. Par exemple, bien que nous sachions que la réduction de la pollution atmosphérique ferait baisser les taux de cancer du poumon, il est impossible de savoir quels sont les chanceux parmi nous qui seront épargnés par ce cancer grâce aux efforts d'aujourd'hui pour lutter contre la pollution.

Deuxièmement, les systèmes politiques démocratiques encouragent des initiatives à court terme dont les avantages sont immédiats. Les initiatives qui cadrent avec les cycles électoraux quadriennaux sont parfaitement logiques sur le plan politique : les électeurs veulent constater des dividendes avant la prochaine élection, et les élus veulent fournir des résultats tangibles aux citoyens. Souvent, les investissements dans la santé publique rapportent après des décennies seulement et les dirigeants ne sont alors plus en place pour récolter les fruits de leurs efforts et obtenir la reconnaissance qui leur revient. 

Troisièmement, nous ne pouvons commercialiser ou breveter la santé publique comme les médicaments et les dispositifs médicaux, malheureusement. Cela signifie que nous ne pouvons dépendre seulement de sociétés pour trouver et appliquer à grande échelle les solutions de santé publique de la même manière que les technologies médicales commercialisables vendues avec tant de succès. 

Quatrièmement, des industries puissantes comme celles du tabac et de la restauration rapide se battent pour que les budgets de santé publique restent aussi bas que possible. Leur but est de minimiser les efforts de santé publique visant à réduire la consommation de leurs produits, peu importe le coût pour notre santé. Dans l'ensemble, les industries malsaines rencontrent peu d'opposition dans leur lobbying, et en conséquence remportent trop de victoires budgétaires aux dépens de notre santé. 

Nos ministres de la Santé ont une rare chance d'éviter ces pièges cognitifs et sociaux en utilisant leur accord sur les soins de santé pour dynamiser la santé publique et la recherche en santé publique au Canada. Bien qu'individuellement ils puissent trouver trop difficile politiquement de favoriser la santé publique, collectivement ils peuvent se rallier autour d'un plan commun pour que notre population soit la plus en santé possible - un plan qui exigera de stimuler l'investissement à long terme, des solutions préventives en santé publique qui complètent les dépenses actuelles au titre des soins médicaux et permettent d'en tirer le meilleur parti.

Imaginez seulement si nos gouvernements travaillaient ensemble pour aider les villes à encourager l'activité physique pour tous et incorporer plus résolument l'exercice dans la vie quotidienne des 81 % de Canadiens qui vivent en milieu urbain. 

Imaginez si manger sainement représentait une option plus économique et pratique peu importe où vous vivez, et si les routes et les voies cyclables étaient expressément conçues pour réduire les collisions, et minimiser les taux de blessures et de décès lorsqu'elles se produisent. 

Si seulement nous comprenions mieux pourquoi tant d'enfants ne sont pas vaccinés, nous pourrions mieux cibler les programmes d'immunisation pour protéger la santé de tous les Canadiens et empêcher les éclosions de maladie évitables par la vaccination. 

Évidemment, rien de cela ne sera facile. Les nombreux dirigeants politiques qui ont essayé de le faire n'ont pas réussi à réorienter des dépenses en santé vers la santé publique et la prévention. Par contre, les ministres de la Santé de notre pays ont la semaine prochaine une occasion unique de s'unir, de donner l'exemple et de montrer ensemble la voie à suivre.

L'auteur, Steven J. Hoffman, est directeur scientifique de l'Institut de la santé publique et des populations

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