Rien à «Foote» de la traduction

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La ministre fédérale des Services publics et de l'Approvisionnement, Judy Foote

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Lundi, la ministre Judy Foote a fait connaître sa réponse aux diverses recommandations du Comité permanent des langues officielles au Parlement canadien qui, l'hiver dernier, a évalué le Bureau de la traduction.

La ministre des Services publics et de l'Approvisionnement a plutôt donné un bel exemple d'un statu quo empesé, l'équivalent d'une fin de non-recevoir. 

De nombreux experts du domaine, professeurs, chercheurs et professionnels, avaient présenté leurs analyses documentées sur l'administration générale des services canadiens de traduction. Les dizaines de mémoires déposés ont abouti à la rédaction d'un excellent rapport par les membres du Comité, rapport qui a été bien accueilli dans la communauté et qui reprenait plusieurs des recommandations des experts.

Le rapport proposait, entre autres, un réinvestissement massif dans les services de traduction, afin que le Bureau de la traduction remplisse correctement son mandat en matière de langues officielles. 

Il soulignait aussi combien il est important que le Bureau soit dirigé de préférence par quelqu'un issu du milieu des traducteurs ayant une compréhension réelle des véritables enjeux linguistiques de la traduction, et parfaitement conscient de l'importance de la langue française dans l'identité et la culture canadiennes. 

Le rôle culturel de la traduction devait être enfin reconnu soit en faisant du Bureau de la traduction le seul organe responsable de toute la traduction au gouvernement fédéral, soit en le transférant au ministère de Patrimoine canadien. On ne le répétera jamais assez : on ne « s'approvisionne » pas en traduction. Il est faux de prétendre que la traduction est un service comme un autre ; il s'agit d'un bien culturel lié à l'identité même du pays.

On pouvait donc s'attendre, après un exercice aussi sérieux, à une réponse empreinte de la même rigueur. 

Hélas, on a eu droit à de la rhétorique unifoliée, à des ronrons ceints de fleurons glorieux, à des remerciements convenus et froids. On croyait voir se poser un regard critique sur l'administration du Bureau de la traduction, on a eu droit à de la complaisance sous-ministérielle. On pensait qu'il y aurait une reconnaissance concrète du rôle historique et culturel de la traduction, on n'y voit encore qu'un « produit » comme un autre, soumis à la philosophie du plus bas soumissionnaire. On espérait des investissements dans les personnes - la force du Bureau - on a eu droit à une apologie des machines. 

Bref, s'il est un art de ne rien dire, un art de ne rien faire en 900 mots, la réponse de la ministre est en soi un chef d'oeuvre. Dommage qu'il ait fallu des centaines de pages de mémoires, des semaines de rédactions et de longs jours débats pour en arriver là.

Charles Le Blanc et Linda Cardinal, professeurs à l'Université d'Ottawa

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