Le bilinguisme des journalistes

Devrait-on exiger dès l'embauche des journalistes à Radio-Canada et CBC de... (Archives, La Presse)

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Devrait-on exiger dès l'embauche des journalistes à Radio-Canada et CBC de pouvoir communiquer dans les deux langues officielles ? Doit-on établir ce prérequis pour obtenir un emploi comme journaliste au sein de la société d'État, et en particulier pour ceux qui oeuvrent dans les émissions à caractère national ?

Le standard linguistique aujourd'hui nous oblige à répondre par l'affirmatif. 

Le principe de la dualité linguistique exige une compréhension des deux langues officielles et une capacité de pouvoir communiquer adéquatement à tout moment en français et en anglais. Nous tendons à appliquer ce principe pour le premier ministre et ses principaux ministres, pour les dirigeants de sociétés d'État, pour les juges, etc. L'application de ce principe se justifie encore davantage lorsque nous nous référons à une société d'État ayant comme mandat la promotion et le développement de la réalité linguistique et culturelle canadienne.

Cette exigence linguistique est nécessaire afin de pouvoir bien comprendre et représenter adéquatement la réalité linguistique du Canada. 

Au sein de la Société Radio-Canada/Canadian Broadcasting Corporation, nous constatons trop souvent les proverbiales deux solitudes où les nouvelles sont totalement différentes au réseau anglais et au réseau français. Il est peu fréquent d'avoir des nouvelles hors Québec sur Radio-Canada, et l'inverse à CBC sur ce qui se passe du côté francophone. Le poids des nouvelles internationales à la SRC est 10 fois plus important que ce qui se passe en Ontario, la province la plus peuplée, ou dans le reste du pays.

Le fait d'obliger les nouveaux journalistes à être bilingues dès l'embauche permettrait de créer des bulletins de nouvelles où le même sujet serait traité simultanément dans les deux langues officielles par le même journaliste. Le résultat favoriserait un partage uniforme à travers le Canada d'une même réalité au même moment. La langue servirait moins d'élément de division ou d'isolement. 

Cette pratique des nouvelles canadiennes doit aussi s'appliquer aux journalistes qui travaillent sur la scène internationale. Trop souvent, les nouvelles en langue française sont différentes de celles disponibles en langue anglaise alors que nous vivons tous dans le même pays. 

Il faut arrêter d'avoir peur de la susceptibilité et la crainte que l'on ne s'intéresse pas aux questions francophones ou anglophones du pays.

Dans la même veine, plus besoin de déplacer deux journalistes et leurs équipes techniques. Ceci permettrait des économies qui pourraient servir à financer d'autres projets au sein de la société d'État. 

Une fois cette première approche réalisée, il serait nécessaire de donner accès aux émissions dans l'autre langue officielle. Beaucoup de productions francophones ne sont jamais vues par les anglophones et vice versa. 

Si nous voulons éviter de perpétuer les deux solitudes, il faut se servir des moyens de communication dont au départ, la radio et la télévision de la société d'État canadienne.

Parce que l'on ne connaît pas la réalité de nos compatriotes canadiens de l'autre langue officielle, nous allons vers ce que nous connaissons. Il revient à la Société Radio-Canada/Canadian Broadcasting Corporation de franchir ce pas afin que les Canadiens puissent mieux se comprendre et partager la même réalité de la société sans que l'une des langues officielles soit une limite à la compréhension de nos solitudes.

L'auteur, Gilles LeVasseur, est professeur et constitutionnaliste à l'Université d'Ottawa

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