Pour une aide internationale intelligente

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Jusqu'à 80 % des maisons dans le sud d'Haïti auraient été endommagées par l'ouragan Matthew.

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Le désastre humanitaire qu'a provoqué l'ouragan Matthew en Haïti marque le début d'un nouveau cycle infernal qui maintient systématiquement les pauvres dans la misère. L'aide internationale s'alimente malheureusement des échecs de sa gestion myope des catastrophes naturelles, en apportant ses solutions au lieu de répondre aux demandes pertinentes que réclament les populations affectées.

Las d'attendre l'inefficace aide extérieure devant suppléer l'incapacité des autorités nationales corrompues, les sinistrés récupèrent actuellement les matériaux disponibles dans leurs propres décombres. Ils reconstruisent ainsi de nouveaux abris de fortune, lesquels deviendront de nouveaux décombres lors du prochain ouragan ou tremblement de terre. Et le cycle recommencera comme il le fait depuis des décennies...

Pendant ce temps, les convois d'« aide » créent des embouteillages interminables qui paralysent l'accès à la zone la plus touchée par les intervenants pertinents aux besoins les plus criants des damnés. Et ce, parce que n'importe qui vient offrir n'importe quoi au moment inopportun, trop souvent du temporaire inadapté, qui maintiendra le problème de fond en place. À titre d'exemple, les hélicoptères qui ont apporté du savon et des vêtements à une population affamée, ce qui a déclenché une légitime révolte des sinistrés ayant encore la force de le faire. L'industrie de la pauvreté fait vivre les riches plutôt que de sortir les miséreux de leur enfer. 

Ce n'est pas en répétant toujours les mêmes actions qu'on arrivera à un résultat différent. C'est pourquoi par exemple, la construction de nombreux petits refuges de proximité, solides et antisismiques, ferait une grande différence. De tels mini-refuges seraient munis minimalement, d'un réservoir d'eau de pluie, d'une remise pour préserver de la nourriture sèche, des médicaments, des outils post-sinistres, une parabole solaire pour bouillir l'eau et cuire les aliments, etc. Elles protégeraient les populations exposées, réduisant les morts et blessés, désengorgeant les cliniques de santé et évitant de nouvelles catastrophes humanitaires, simplifiant la logistique et les interventions, maintenant une activité économique locale et coûtant beaucoup moins cher sur le long terme. 

La soudure entre le sinistre et la réponse extérieure serait assurée et éviterait famine, choléra et le lot de problèmes collatéraux qui resurgissent à chaque catastrophe. Au lieu d'être à plat ventre à chaque sinistre, les populations passeraient ainsi d'un cercle vicieux à un cercle vertueux qui les sortirait progressivement de la pauvreté. Car ce sont les plus pauvres qui sont toujours les plus amochés, règle observée en Haïti et en Caroline du Sud où Matthew a aussi frappé... 

L'argent promis dans les conférences internationales, qui n'est jamais celui qui arrive sur place, favorise une panoplie de fournisseurs au lieu de stimuler la création d'emplois locaux via un « plan Marshall pour les pauvres ». Les Chinois ont construit leur grande muraille à bras d'homme ; pourquoi acheter à l'extérieur et transporter autant d'équipements lourds pour des travaux pouvant se faire sur place par haute intensité de main d'oeuvre? 

Les sinistrés sortiraient de la trappe de pauvreté qui est leur prison si l'aide internationale était plus intelligemment mis à contribution. Mais l'immortalité institutionnelle continuera tant que les décisions d'aide seront prises à des milliers de kilomètres des zones affectées, par des gestionnaires-bureaucrates qui ont en commun de n'avoir aucune idée de ce qu'est la réalité du terrain. 

Denis Gravel,

Port-au-Prince, Haïti

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