On se tiraille sur l'Église

Le pape François... (Filippo Monteforte, Archives AFP)

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Le pape François

Filippo Monteforte, Archives AFP

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Point de vue
Le Droit

Le correspondant Normand Rousseau pourrait paraître un peu direct dans ses propos sur l'Église («Tuer au nom de Dieu», 16 septembre). Mais, il faut avouer qu'il a en majeure partie raison.

Un autre correspondant qui lui répond, Renald Veilleux, de son côté, attribue les erreurs commises par l'Église à la fragilité humaine («S'acharner sur l'Église», 19 septembre). Facile et sans doute trop.

Dès le tout début, avec Abraham, le père des trois grandes religions, l'Église s'est toujours voulue d'inspiration divine. N'est-ce pas, selon la fable bien répandue, le bras de Dieu qui a guidé les dires et écrits des prophètes et évangélistes? C'est à partir de là que le tout dérape.

Passons outre les massacres des Cananéens, hommes, femmes et enfants par la horde de Josué sous les ordres de Moise, des Croisades, de l'Inquisition, tout ça sur inspiration divine. Vieille histoire, mais il faut dire que le tout avait été commandé par Dieu ou du moins, c'est ce que les assassins de l'Église, en commençant par le Pape, ont décrété.

C'est Dieu qui a commandé tout ça. Qu'il a le dos large, ce pauvre Dieu...

D'ailleurs, nos asiles débordent de tueurs et malfaiteurs qui eux aussi disent avoir reçu des consignes divines. «J'entendais des voix, c'est Dieu qui m'a dit de le tuer.»

Ouais. 

Laissons de côté ces vieilles rengaines. Ne reculons pas 1000, 2000 ans en arrière. C'est déjà suffisamment condamnable. Contentons-nous des 19e, 20e et 21e siècles. Commençons par l'esclavage. Qu'a fait l'Église aux États-Unis pour enrayer ce fléau, ce racisme, cette indignité envers la race humaine, cette horreur basée sur la couleur de la peau? Rien. Elle l'encourage, même. Un non-croyant, Abraham Lincoln, les a affranchis aux États-Unis. La participation de l'Église dans tout ça? Des bâtons dans les roues. De l'opposition. 

Nos Amérindiens... Dois-je en dire plus long? Qu'a-t-on fait aux premiers Canadiens? Approuvé par la plus haute hiérarchie jusqu'à la papauté: vol de culture, extinction de leurs religions animistes, séparation des parents et des enfants, martyr, abus sexuel, et souvent, mort. Et ceci jusqu'en 1980.

 

Et nos femmes? Qu'a fait l'Église pour les affranchir? Encore aux laïcs et à Westminster de les promouvoir, de leur donner leur dignité, leur autonomie et, enfin, de les traiter comme des «personnes». On ne leur a accordé le vote qu'en 1918, sous certaines conditions, elles qui étaient souvent scolarisées alors que leur conjoint était parfois analphabète.

Qui ne sait pas que l'interdiction des femmes à la prêtrise va à l'encontre de la Charte canadienne des droits de la personne? La chasse aux sorcières, il n'y a pas si longtemps, était approuvée et encouragée par notre Église. 

Parlons aussi des scandales dans nos écoles et pensionnats, les abus sexuels sur nos jeunes - filles et garçons -, dont les perpétreurs n'ont pas été sanctionnés, mais plutôt pardonnés et mutés dans d'autres paroisses sans en avertir la population. Non, mais... Les autorités, jusqu'à la Congrégation de la Foi, ont caché ces atrocités, ont même dépensé les fonds des paroissiens à coups de millions pour acheter le silence des victime lesquelles, Dieu merci, ont quand même parlé.

Je ne suis pas anti-Église. Non plus pro-Église. Il y a du bon dans l'Église, mais ni plus ni moins qu'ailleurs. La différence, c'est qu'«ailleurs» ne prétend pas être guidé par la main du Tout-Suprême. De grâce, M. Veilleux, ne minimisez pas la part de l'Église en général dans ces nombreuses persécutions, guerres saintes, atteintes aux droits de la personne... et j'en passe.  Ces hommes «imparfaits» sont plus nombreux que vous le croyez.

En passant, savez-vous que le Pape est le successeur de Saint-Pierre? Donc, le Numéro Un de la Mère-Église? Haute et Sainte Fonction, non? Pas n'importe qui. Désigné par nul autre que Jésus lui-même, «...et sur cette pierre je fonderai mon Église.»

Hé bien, 265 papes ont succédé à Pierre. De ces 265, moins de la moitié ont été canonisés. Veut-on dire par là que le chef de l'Église en la personne du Pape n'est pas canonisable?

L'auteur, Jacques Dufault, habite à Ottawa (Orléans).

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