Sauvons la mine Wallingford-Back!

L'ancienne mine de quartz et de feldspath ne... (Dave Doe/Flickr)

Agrandir

L'ancienne mine de quartz et de feldspath ne cesse d'attirer des visiteurs, bien qu'elle soit interdite au public.

Dave Doe/Flickr

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Point de vue
Le Droit

En caricaturant un peu, on peut affirmer que le gouvernement du Québec prend la place des talibans avec la mine Wallingford-Back.

On se remémore tous la destruction, par le régime des talibans, des trois bouddhas de Bamiyan en 2001, en Afghanistan, pourtant classé site du patrimoine mondial de l'UNESCO. C'est un peu ce qui nous arrivera si le gouvernement va de l'avant avec son intention de dynamiter la mine Wallingford-Back, à moins de travailler ensemble pour mettre ce site exceptionnel en valeur au lieu d'y aller de cette façon aussi radicale. 

En ma qualité de guide biologiste spécialisé dans la faune cavernicole (chiroptères) et la protection de sites souterrains, je suis, comme beaucoup de gens impliqués, inquiet du sort futur de la mine où, avant qu'elle ne connaisse le «succès» de cet été, j'y amenais des groupes dans une structure encadrée et responsable qui n'avait aucun impact sur les résidants. 

Wallingford-Back était une mine d'exploitation de feldspath qui a cessé ses opérations au début des années 1970. Le site est abandonné depuis et a été sécurisé au moyen de clôtures dans les années 1990 et plus récemment cet automne par le ministère des Richesses naturelles et des Forêts. Le site est donc, en principe, une propriété ministérielle, mais les accès sont de nature privée ou municipale.

Physiquement, cette mine magnifique se présente comme une vaste excavation à ciel ouvert s'ouvrant sur le sommet d'une colline.

Une partie de la mine est souterraine et renferme un lac semi-souterrain, long de 110 m et profond de 48,8 m. La voûte, haute de 33,9 m, surplombe le lac et est soutenue par trois gigantesques piliers qui donnent à la mine un aspect de cathédrale. Plusieurs ouvertures permettent la pénétration de la lumière de sorte qu'il y a toujours présence de clarté dans toute la longueur de la mine. La jonction d'une mine voisine (mine du lac Smith) permet de parcourir à pied la partie véritablement souterraine de la mine et on peut y ressortir de l'autre côté.

Nids et minéraux

La géologie de la mine contient des échantillons de roches et de minéraux intéressants et rares (bytownite, feldspath, scheelite, etc.) - en tout, une quarantaine de minéraux d'intérêt.

La mine sert également de site d'hibernation potentiel aux chauves-souris, qui sont bien mal en point en raison de la maladie du museau blanc qui les déciment. C'est aussi un site de nidification pour les corbeaux (deux nids), d'hirondelles bicolores et d'hirondelles rustiques. Certaines de ces espèces sont considérées comme susceptibles d'être vulnérables ou menacées.

Les formations de glace présentent un intérêt unique pour la recherche universitaire puisqu'elles adoptent des formes et des motifs sans autres exemples dans la province en raison des conditions microclimatiques particulières qu'on y retrouve. Pour sa grande beauté, la mine est également une inspiration pour les photographes professionnels et le lac est régulièrement visité par des plongeurs. 

Pour toutes ces raisons, le site était considéré comme une attraction touristique locale, mais sans grand dérangement avant que les médias n'en fassent en 2016 une destination secrète bien cachée incontournable et spectaculaire.

Et ce fut la catastrophe.

Des centaines, voire des milliers de visiteurs en ont fait une sorte de «Woodstock en Outaouais» et on a vu se multiplier les pires bêtises humaines pour un site qui n'était vraiment pas préparé à recevoir autant de gens. Les résidents en ont vu de toutes les couleurs et on a assisté à de nombreux actes et comportement inappropriés qui ont fini par les exaspérer au point qu'ils désirent voir la mine disparaître au plus vite pour retrouver leur tranquillité.

Je m'oppose sans retenue à la disparition de ce joyau de l'Outaouais, mais je suis conscient que la situation ne peut rester telle qu'elle est.  

Des pistes de solution

Nous pouvons examiner un certain nombre de pistes pour la mise en valeur de la mine, comme sa tutelle avec d'autres organisations québécoises qui ont mis en valeur des sites similaires comme la mine Capelton, en Estrie, ou en Abitibi par exemple. 

Ceci pourrait aussi se faire avec des partenaires américains ou ontariens qui exploitent touristiquement des sites qui ressemblent à notre mine, mais qui sont beaucoup plus riches et expérimentés pour la mettre en valeur de façon rentable et responsable. Ceci permettrait de la garder pour le bien de notre patrimoine futur et pour nos enfants. On pense ainsi à des sites comme Ruggle's Mine, au Vermont, ou Bancroft, en Ontario.

Le site étant difficile d'accès en raison des côtes abruptes mal aménagées et passant près des résidences, il serait sans doute très facile de songer à une voie de contournement qui permettrait de se rendre au pied de la mine et aménager des stationnements sur les espaces qui sont déjà existants. Ceci permettra aux résidants de retrouver la paix et continuer à jouir de leur environnement. Un centre d'accueil et d'interprétation permettrait de contrôler l'accès et d'initier les visiteurs à l'histoire et la géologie de la mine. Ce centre pourrait facilement opérer sur une base annuelle, car la mine est aussi spectaculaire en hiver qu'en été. D'autres options pourraient aussi se développer de façon sécuritaire sur place puisqu'il y a amplement de place:  camping, canot-kayak, piste cyclable, plongée sous-marine, aires de baignade, escalade, etc. Il faudra bien sûr sécuriser le site, offrir des casques et sans doute limiter l'accès à certaines parties de la mine.

J'ai proposé de faire une étude détaillée de mise en valeur pourrait permettre de répondre à toutes les questions et donner un choix éclairé sur le type de développement et de partenariat qu'on veut y voir à l'avenir. L'implication des citoyens, la bonne volonté ministérielle - un voeu pieux -  une démarche rigoureuse et une mise de fonds de départ substantielle seront les prémices de base pour la réussite du projet.   

Avec l'engouement qu'a connu la mine Wallingford-Back cet été, il ne fait pas de doute que la mine pourrait être une attraction récréotouristique majeure et rentable, que bien des gens nous envieront. Ne laissons pas échapper ce trésor et qu'on en fasse, pour une fois, un projet rassembleur qui sera la fierté de tout le monde. Laissons à nos enfants un monde meilleur que nous, leurs parents, avons connu.             

L'auteur, Pascal Samson, est un biologiste qui réside à Gatineau.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer