Ma librairie franco-ontarienne, j'y tiens!

Beaucoup de choses ont été dites et écrites à propos des diverses facettes des... (123RF)

Agrandir

123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Beaucoup de choses ont été dites et écrites à propos des diverses facettes des communautés et de la littérature franco-ontarienne. Par contre, je reste sur ma faim lorsque je veux analyser l'état des « vitrines » de notre littérature, c'est-à-dire les librairies en Ontario français.

On n'ose pas parler haut et fort de l'état d'urgence de ce débat. Que je sache, il ne reste que quatre librairies franco-ontariennes... les autres ont été fermées grâce à l'efficacité de la concurrence malveillante, pour ne pas dire malicieuse, du maraudage des libraires québécois, et, il faut le dire, de la nullité des décideurs ontariens. Requiem in pace. 

On retrouve dans ce cimetière des petites et des grandes librairies franco-ontariennes : Librairie Champlain (Toronto), Librairie Grand ciel bleu (Sudbury), Librairie de Cornwall, Librairie du Vermillon (Ottawa), la Librairie Mercier (Mississauga), la librairie du Sud-Ouest (Windsor), Librairie Trillium, Librairie de la Capitale, Librairie Servidec, les deux succursales de la Librairie du Centre (à North Bay et à Sudbury)...

On ne s'inquiète pas outre mesure de l'avenir des librairies franco-ontariennes. De fait, il y a une certaine insouciance, un je-m'en-foutisme pour ne pas dire une indifférence ou une ignorance crasse de la part de ceux qui peuvent (mais n'osent pas) agir en tant que leaders et bâtisseurs de nos communautés. 

De qui s'agit-il ? 

De certains bibliothécaires ou leurs préposés aux achats ; de certains membres des conseils d'administration des bibliothèques publiques de l'Ontario, de certains élus municipaux, de certains conseillers scolaires, sans oublier les députés ontariens qui font la sourde oreille dans ce dossier ou qui préfèrent fermer les yeux. Pour eux, la librairie franco-ontarienne n'est qu'une note au bas de la page. Ils ne savent pas qu'une librairie, ce n'est pas tout simplement un outil de diffusion du livre. Il y a plus, beaucoup plus. Une librairie franco-ontarienne, outre son engagement social, s'avère être un véritable pilier qui fait la promotion et assure le rayonnement des gens, des auteurs, des créateurs, bref, de la culture d'ici.

Comme je l'ai énoncé précédemment, quatre librairies franco-ontariennes indépendantes résistent et persistent :

a) la librairie Le Coin du livre (Ottawa) depuis 1960, la doyenne, au service des écoles, des bibliothèques municipales et du grand public ;

b) la Librairie Le Nord (Hearst) depuis 1988 ;

c) la Librairie du Centre (Ottawa), amincie et amaigrie, a priori un service aux écoles du CFORP depuis 1992 ;

d) et la toute dernière à Toronto, la Librairie Mosaïque (novembre 2015).

Il faut le dire, la Librairie du Soleil qui a pignon sur rue à Ottawa depuis 28 ans, est un intrus : une librairie agréée au Québec qui s'invite en Ontario... Nos quatre librairies ne peuvent pas faire la même chose au Québec ; la loi québécoise (la Loi 51) ne leur donne aucun statut officiel...

Nos quatre librairies font face à une concurrence féroce et farouche : leurs adversaires sont de taille ; il y a

a) la Librairie du Soleil (depuis 1988) ;

b) la Librairie Renaud-Bray (depuis 1965), avec ses 25 succursales ;

c) la Librairie Archambault (depuis 1896), et ses 14 succursales, vendues à Renaud-Bray en mai 2015 ;

d) les librairies des collèges et des universités ;

e) des coriaces anglophones : Chapters, Indigo, Coles ;

f) des maisons d'édition québécoises qui s'invitent dans nos écoles ;

g) et une multitude de sites Web qui s'évertuent à tout nous vendre à bon prix.

Que dire maintenant du manque de savoir de certaines de nos propres institutions? Par exemple, l'Office des affaires francophones ne dispose pas de données sur le nombre de librairies et de bibliothèques qui offrent des services en français en Ontario. 

Heureusement, bon nombre d'individus, d'organismes, d'associations et de regroupements franco-ontariens dénoncent cet état de choses. Il y a, entre autres, le Regroupement des éditeurs canadiens-français, l'Alliance culturelle de l'Ontario, l'Union culturelle (UCFO); l'hebdomadaire L'Express et le quotidien LeDroit ; des reportages de Relief TV mis en ligne le 28 avril 2011 et de Radio Canada le 28 juin 2014 ; le vidéoblogue de Daniel Groleau Landry, de TfO, du 2 mai 2014 ; Marc Haentjens, des Éditions David; Éric Charlebois et Yves Turbide, de l'Association des auteures et des auteurs de l'Ontario français, l'AAOF.

Mais est-ce un cri dans le désert ? Est-ce prêcher dans le vide ? Est-ce que Marie-France Lalonde, ministre des Affaires francophones de l'Ontario, accepte tout bonnement l'inertie de son gouvernement dans ce dossier ? Comme sa prédécesseure, pratique-t-elle la politique de l'autruche ?

En tant qu'enseignant-bibliothécaire (à la retraite), en tant qu'ancien membre du Conseil d'administration de la Bibliothèque d'Ottawa et du Conseil d'administration de la Bibliothèque de Clarence, en tant que chargé de cours en bibliothéconomie à la Faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa, j'ose croire que prochainement (d'ici la fin de l'année 2017 ?) on aura une politique du livre en Ontario qui saura protéger nos librairies, qui établira un réseau de librairies agréées, qui encadrera les éditeurs et les distributeurs, qui incitera les acheteurs institutionnels (p. ex., les écoles, les bibliothèques municipales, les collèges et les universités) à faire affaire chez nous, en Ontario.

Entre-temps, il serait souhaitable que les quelque 90 bibliothèques publiques qui offrent un service en français, les 365 (et plus) écoles francophones publiques et catholiques de l'Ontario, sans oublier les écoles offrant des programmes d'immersion en français (à plus de 760 000 élèves), développent immédiatement un partenariat ou un protocole d'achat auprès des quatre librairies franco-ontariennes.

Oui, ma librairie franco-ontarienne, j'y tiens !

Bernard Clavel, Orléans

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer