Un despote africain à Montréal

La présence du président de la Côte d'Ivoire,... (Paul Chiasson, La Presse canadienne)

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La présence du président de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, à la conférence du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a déplu à notre correspondant.

Paul Chiasson, La Presse canadienne

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Au premier ministre Justin Trudeau,

Le Canada a été l'hôte d'une conférence sur la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Plusieurs chefs d'État africains ont été invités, et vous avez annoncé que votre gouvernement verserait 785 millions $ pour sauver des vies. Les contribuables canadiens sont généreux. Dans mon pays d'origine, la Côte d'Ivoire, les gens leur en sont infiniment reconnaissants.

Toutefois, il serait préférable, pour lutter contre la maladie, que les pays africains accélèrent leur développement. La Côte d'Ivoire devrait être riche, elle qui possède de vastes richesses exploitées entre autres par des sociétés canadiennes. Mais beaucoup d'Ivoiriens sont quand même démunis. Pourquoi? Parce que la politique d'ingérence politique et militaire des pays occidentaux sur le continent africain favorise davantage les bénéfices de leurs multinationales que le développement.

Parmi les chefs d'État accueillis à Montréal se trouve Alassane Ouattara, le président de la Côte d'Ivoire, qui a pris le pouvoir en 2011 dans un coup d'État, au terme de plus de huit années de guerre civile. Ouattara a perdu l'élection présidentielle de 2010, puis il a appelé la «communauté internationale» à son aide pour renverser Laurent Gbagbo, qui défendait la primauté du droit et le respect de la souveraineté de son pays, conditions essentielles pour en assurer la prospérité.

Le porte-parole onusien de la fameuse communauté a estimé qu'il serait «injuste» de recompter les voix et a préféré que les terroristes fidèles à Ouattara massacrent des civils, notamment à Duékoué, où un millier d'entre eux ont été tués dans la seule nuit du 28 au 29 mars 2011. Quelques jours auparavant, le gouvernement Harper avait envoyé subrepticement 1,5 million $ à Ouattara et ses chefs de guerre.

Aujourd'hui, près de six ans après l'élection perdue par Ouattara, il est toujours au pouvoir. Fidèle à ses méthodes, il emprisonne ses opposants politiques par centaines. Des dizaines de milliers d'Ivoiriens ont été contraints à l'exil, et beaucoup croupissent encore dans des camps de réfugiés, leurs terres et leurs biens confisqués par des bandits qui se livrent à des séances d'humiliation collective, de la torture et des meurtres.

Que diriez-vous, aujourd'hui, de cesser de fréquenter les despotes dans les salons de Montréal et de ne plus encourager les rébellions armées en Afrique? Que diriez-vous de laisser les Africains libres d'élire leurs dirigeants?

L'auteur, Jean-Hilaire Yapi, est président du Congrès ivoirien du Canada

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