L'Outaouais a assez attendu, selon McGill

L'annonce de la création d'une faculté satellite de... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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L'annonce de la création d'une faculté satellite de médecine a été faite en grande pompe par le premier ministre Philippe Couillard, la semaine dernière.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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LETTRE OUVERTE / L'annonce attendue du premier ministre Couillard d'aller de l'avant avec la création du campus médical satellite de l'Université McGill en Outaouais a soulevé des questionnements chez certains qui interpellent directement McGill et auxquels il nous apparaît important de répondre.

Il est vrai que si le programme complet de formation prédoctorale à Gatineau commençait aujourd'hui, les cours magistraux donnés en matinée les 18 premiers mois de la formation auraient lieu par visioconférence à partir du campus de McGill à Montréal. Toutefois, sur l'ensemble de la formation, à peine 8 % du cursus sera livré en anglais. C'est peut-être plus qu'à Trois-Rivières, mais c'est beaucoup moins qu'au campus de McGill à Montréal. Sans vouloir banaliser ce fait, nous rappellerons que les diplômés en Outaouais, comme ceux de partout ailleurs au Québec, ont avantage à pouvoir maîtriser les deux langues pour comprendre la littérature scientifique qui leur est destinée et pour desservir avec sensibilité l'ensemble de la population québécoise.

Certains se demandent pourquoi McGill est incapable de fournir un cursus à 100 % francophone en Outaouais. C'est important pour la région, ce l'est pour McGill également. Mais la réalité est que nous avons ici un enjeu d'infrastructure. Contrairement aux autres régions qui ont une faculté satellite, la capacité d'enseignement (infrastructure et corps professoral) des cours de sciences fondamentales axés sur les connaissances médicales n'existe tout simplement pas à l'heure actuelle dans la région. Ceci demandera des investissements publics importants qui n'ont pas encore été déterminés. En attendant, nous utiliserons le moyen le plus rapide pour nous permettre d'aller de l'avant sans délai : la visioconférence. Toutefois, la population peut être assurée que McGill travaillera avec ses partenaires régionaux pour pouvoir offrir, à terme, une formation médicale à 100 % en français.

La collaboration en matière de formation médicale entre l'Université McGill et l'Outaouais remonte à plus de 30 ans. Le gouvernement a officialisé ce partenariat avec la création des Réseaux universitaires intégrés de santé (RUIS), en découpant le Québec selon quatre territoires desservis chacun par l'une des quatre facultés de médecine. L'Outaouais ainsi que l'Abitibi-Témiscamingue, le Nord-du-Québec et une partie de la Montérégie et de Montréal constituent le territoire dont McGill est responsable. Cela fait partie de notre engagement social envers les Québécois. Avec tous nos partenaires du réseau de la santé et de l'éducation dans la région, nous travaillons tous les jours à améliorer l'accès aux soins pour les gens de l'Outaouais.

L'annonce de la semaine dernière permettra :

  • de tripler la capacité d'accueil globale pour les étudiants et les résidents de toutes les spécialités et de doubler la capacité d'accueil pour les résidents en médecine de famille à Gatineau ;
  • de relocaliser et d'agrandir l'UMF de Gatineau (40 résidents répartis sur les deux ans du programme) ;
  • d'offrir une formation médicale complète à Gatineau (quatre années de formation médicale, 96 étudiants répartis sur les 4 ans du programme).
À terme, nous porterons donc à 160 le nombre de médecins en formation dans la région. L'expérience nous enseigne que les étudiants de l'Outaouais (qui s'expriment tous en français) ont un excellent taux de succès et plus de 80 % des résidents restent dans la région.

Nous avons également profité de cette annonce pour renforcer notre partenariat avec l'Université du Québec en Outaouais en ce qui a trait à la formation des infirmières praticiennes. Le statut particulier de l'Outaouais en santé, ce n'est pas seulement de la médecine. Qui plus est, l'UQO étudie la mise sur pied de nouveaux programmes en sciences de la santé auxquels McGill, et d'autres partenaires universitaires, le cas échéant, pourront collaborer.

Certains disent que le gouvernement devrait simplement confier la région à une autre université sous prétexte que McGill est une « université anglophone ». McGill est une université internationale, la seule au Québec qui se classe parmi les 100 meilleures au monde. Demander de sortir McGill de l'Outaouais serait simplement jeter aux orties 30 ans de collaboration fructueuse, sans compter le cauchemar bureaucratique que cela entraînerait pour les services de santé dans la région. La population en sortira-t-elle gagnante ?

Parfois, le mieux est l'ennemi du bien. Nous sommes à l'écoute de la population et nous sommes aussi d'avis que l'Outaouais a assez attendu pour sa faculté satellite. Il est temps de lancer ce projet.

Dr David Eidelman 

Vice-recteur (santé et affaires médicales) et doyen, Faculté de médecine,  Université McGill

Dr Gilles Brousseau 

Vice-doyen adjoint à l'enseignement de la médecine, Université McGill - Région de l'Outaouais

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