Un départ dans la dignité

Après un long et pénible débat, le projet... (François Roy, Archives La Presse)

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Après un long et pénible débat, le projet de loi sur «l'aide médicale à mourir» a reçu la sanction royale le 17 juin.

François Roy, Archives La Presse

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Point de vue
Le Droit

Le 18 août dernier, après 45 ans de lutte contre la sclérose en plaques, ma soeur jumelle a choisi de mettre fin à ses jours. Pour ce faire, elle a dû se rendre chez Dignitas, en Suisse, pour «un suicide assisté». Le Canada ne lui permettait pas de mourir dignement.

Après un long et pénible débat, le projet de loi sur «l'aide médicale à mourir» a reçu la sanction royale le 17 juin. Ce projet de loi C-14 a divisé les Canadiens pour diverses raisons: certains le trouvaient trop restrictif; d'autres y voyaient un crime ou un péché.

Cela n'est pas étonnant puisque le nom exact de cette législation est Loi modifiant le Code criminel et apportant des modifications connexes à d'autres lois. Comme le Code criminel est visé, on y voit facilement une question d'acte légal ou illégal.

Au cours du débat, on a beaucoup parlé de suicide et d'aide médicale à mourir. Le mot «suicide» évoque un acte violent, macabre, sale et négatif. Une personne qui commet un suicide est presque toujours perçue comme une personne en dépression, un être troublé et isolé. Le portrait change dès qu'on lui donne le nom d'«aide médicale à mourir».

Il y a plusieurs raisons d'aider une personne à mourir, même si sa mort naturelle n'est pas raisonnablement prévisible. Cette personne peut être atteinte d'un handicap ou d'une maladie grave, voire incurable. Sa situation médicale peut se caractériser par un déclin avancé et irréversible de ses capacités, qui lui cause des souffrances physiques et/ou psychologiques persistantes et intolérables.

La mort de ma soeur Paulette n'était pas imminente, mais sa souffrance demeurait intolérable. Bien que sa décision de mettre fin à ses jours ait été réfléchie, la solution ne se trouvait pas au Canada. Comme elle n'était pas en phase terminale, elle a dû se tourner vers un organisme en Suisse. Toutes les démarches médicales et juridiques, le voyage à Zurich avec ses deux enfants, la procédure de «suicide accompagné» et l'incinération ont coûté environ 45 000$.

Ma soeur ne voulait pas se suicider, elle voulait mourir dans la dignité. Ses deux enfants, ses deux soeurs et moi, ses deux aidantes naturelles et son jardinier l'ont soutenue jusqu'au dernier moment.

En planifiant sa fin de vie, Paulette a offert un cadeau à notre famille. Ce fut une fin heureuse et non sinistre.

Choisir la date et l'heure d'une fin de vie peut paraître curieux au départ. Mais cela comporte certains avantages pour la famille. Cela permet à tout le monde de faire un dernier adieu et, peut-être, de se dire des choses qu'on a toujours cachées ou niées.

Ma soeur jumelle ne s'est pas suicidée, elle a choisi de mourir comme elle avait vécu. Elle a posé un geste qui lui ressemblait, une geste qui nous a rassemblés.

L'auteur, Paul-François Sylvestre, est un écrivain basé à Toronto.

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