Autopsie d'une fusion mal gérée et mal intégrée

Vue aérienne du centre-ville de Gatineau... (Archives LeDroit)

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Vue aérienne du centre-ville de Gatineau

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Point de vue
Le Droit

La fusion que nous avons subie à Gatineau, il y a près de 15 ans, a laissé sur son passage des traces et des dommages qui sont encore très visibles. Que ce soit au conseil municipal ou encore dans les hôpitaux de Hull et de Gatineau, qui n'ont pas encore accepté leurs nouvelles identités. Le sentiment d'appartenance et la fierté d'une mission commune sont déficitaires.

Les luttes de pouvoir sont des freins majeurs à l'avancement et au progrès qui devait suivre la mise en commun des ressources pour se donner une grande ville prospère et progressiste.

On aura pris des villes, sans tenir compte et sans reconnaître leur spécificité et ce qui les rendaient uniques et distinctes pour les rassembler sous le nom de Gatineau!

Les experts qui se sont penchés sur le changement et le nom à choisir pour désigner la nouvelle entité auraient dû se familiariser avec l'histoire des villes concernées afin d'offrir à chacune le respect et la reconnaissance qu'elles méritaient avant de les confondre dans le décor du grand Gatineau.

La gestion du changement est un art qui exige que l'on reconnaisse les besoins et les capacités d'adaptation des parties impliquées. Les retombées économiques sont illusoires si les parties sentent qu'elles ont perdu leur fierté et une partie de leur identité.

Tel un enfant qui, du jour au lendemain,se fait annoncer que papa et maman se laissent. On vend la maison, on s'en va dans un autre quartier,une nouvelle école, une nouvelle maison, avec de nouveaux petits frères et soeurs, etc. Ce sera beaucoup mieux, on aura une nouvelle maison, bien plus belle! Il n'y aura plus de chicane! On passera sous silence la perte de son chez-soi...

Les pertes sont majeures et l'acceptation se fait difficilement parce qu'on n'aura pas pu pleurer nos pertes! Difficile d'apprécier les gains quand on ne nous donne ni le droit ni le temps de faire son deuil.

Tout changement, petit ou grand, même positif, sous-tend qu'on laisse quelque chose, ou quelqu'un... La transformation sera excitante mais insécurisante, et l'adaptation à l'adéquation entre les pertes et les gains se fera progressivement et au rythme de chacun. Mais sans le travail préparatoire nécessaire, la résistance et les crises sont prévisibles.

Quels liens y a-t-il entre une rupture conjugale mal gérée et mal digérée, et une fusion imposée? Un changement de statut qui provoque une perte d'identité, une perte de repères, de son réseau, de son milieu d'appartenance. 

Je suis native de Hull. J'étais contre la fusion. Je n'aimais pas les arguments qu'on nous servaient. La question identitaire a été complètement  évacuée. 

Et je crois que les luttes de pouvoir au conseil à Gatineau, aujourd'hui, sont le reflet d'un besoin de reconnaissance identitaire.

Le choix du nom de Gatineau pour la nouvelle ville m'a complètement estomaquée. Je trouvais que cette ville n'avait pas de personnalité, pas d'âme... je m'identifiais plus à Aylmer, à Buckingham même... ou à Old Chelsea!

Mon deuil, retardé et compliqué, s'estompe petit à petit.

Je vois Aylmer développer sa rue Principale avec fierté.

Je vois Gatineau développer sa rue Jacques-Cartier avec fierté.

Hull est encore un travail inachevé, un work in progress qui se cherche. La rue principale est dans un état lamentable avec ses commerces fermés, un pawn shop dans un édifice dont l'architecture est de toute beauté. Il ne semble pas y avoir de ligne directrice ou de vision globale du centre-ville.

Par contre je sens l'émergence de nouveaux commerces, des bistros avec de jeunes entrepreneurs (d'âges et d'esprit) intéressants et charismatiques comme Edgar, Cinq Sens, le FouBrac, la Belle Verte, l'Alambic, etc. Voila des valeurs que nous cherchons tous à cultiver.

Si les visionnaires à grande échelle et à gros moyens de Gatineau s'associaient aux jeunes entrepreneurs visionnaires de tous les secteurs et qu'ensemble ils se donnaient comme mission de faire émerger les identités distinctes de toutes les rues principales et les petits centre-villes des différents secteurs de Gatineau, chacun retrouverait sa fierté d'appartenance de cette famille recomposée. 

Je souhaite que Gilles Desjardins construise des tours raisonnablement époustouflantes qui attirent en Outaouais des gens de partout... mais que ces dernières soient situées à un endroit stratégique qui invite les visiteurs à pénétrer plus loin qu'à l'orée du pont et à profiter de tout ce que nous avons à offrir lorsque nous aurons arrimé nos plus beaux atouts.

L'auteure, Anne Couture, habite à Gatineau

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