D'Hugo Chavez à Donald Trump

Donald Trump... (Gerald Herbert, Associated Press)

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Donald Trump

Gerald Herbert, Associated Press

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Durant ma carrière internationale, j'ai eu à travailler dans des pays ayant fait face à des conflits ethniques, de la violence sociale et des guerres civiles. Je pense à la Mauritanie, la Côte d'Ivoire, la Bosnie-Herzégovine et le Venezuela. Les conditions de chaque pays varient, mais il y a néanmoins un dénominateur commun.

Des politiciens et autres leaders démagogues profitent des divisions internes pour exacerber les tensions, provoquer la haine des uns contre les autres ou diaboliser les étrangers. Bref, ils légitiment la violence.

La technique est simple : créer un ennemi, le rendre responsable des problèmes réels ou perçus et l'attaquer publiquement. Cet ennemi, c'est une ethnie, l'étranger, une classe sociale, une religion. Le démagogue prétend être le seul à pouvoir vaincre cet ennemi.

Au pouvoir, leur manipulation ne s'efface pas. Elle s'aggrave dans une société sous haute tension. Leurs cibles deviennent de plus en plus opprimées. Pour assouvir leur pouvoir, ils s'attaquent aux institutions : les médias, le système judiciaire, l'opposition parlementaire, le secteur privé.

La montée de la violence politique est souvent l'aboutissement de la manipulation démagogique.

Ces sociétés divisées et brisées s'appauvrissent. C'est une conséquence inévitable. Je peux vous assurer que lorsque ce cauchemar se termine, le travail de réconciliation et de reconstruction nationale est une tâche herculéenne.

Et Donald Trump, alors ?

Il a déclaré que les Mexicains sont des criminels violeurs. Il a promis de déporter 11 millions d'immigrants sans documents. Il a fait expulser un journaliste d'Univision qui tentait d'assister à une conférence de presse. Un activiste noir qui manifestait lors d'une assemblée publique de Trump a été expulsé par la force en pleine assemblée. Il a encouragé la violence en promettant de payer les frais de justice de ceux qui commettaient de la violence en son nom. Il a accusé un juge saisi d'accusations de fraude reliée à l'université Trump, de partialité pour la seule raison qu'il était de descendance mexicaine, et ce, même s'il est né aux États-Unis. Il appuie ses partisans qui demandent que Hilary Clinton soit emprisonnée. Pire encore, il laisse entendre qu'elle devrait être assassinée.

Il déclare toujours qu'il est le seul à pouvoir régler tous les problèmes des Américains.

Que fera un président Trump ? On peut être assuré que la technique ne changera pas.

Entreprendra-t-il la déportation de 11 millions d'immigrants ? Poursuivra-t-il la dénonciation publique des Mexicains, des musulmans, des noirs, de juges, de journalistes ou des médias qui lui déplaisent ? Continuera-t-il de banaliser la violence de ses partisans radicaux ? 

Une présidence Trump risque d'engendrer une violence sociale sans précédent dans ce pays où on peut acheter une mitraillette aussi facilement qu'un paquet de gomme.

Plusieurs de ses déclarations constituent une attaque de la Constitution, le ciment de leur société.

Le Venezuela de Chavez et Maduro est au bord de l'abîme.

La pauvreté a triplé depuis 2013. La population est affamée. Il n'y a ni produits alimentaires ni médicaments dans les supermarchés. La violence est endémique et le pays détient le record mondial du nombre de meurtres.

Les États-Unis ne sont pas le Venezuela, mais Trump maîtrise bien les techniques de Hugo Chavez et Nicola Maduro qui ont mené leur pays au bord de la catastrophe.

C'est très inquiétant.

L'auteur, Gérard Latulippe, a été Solliciteur général du Québec et haut-commissaire du Canada à Trinité-et-Tobago

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