Viser l'inclusion par l'exclusion?

Le sit-in des membres de Black Lives Matter était évidemment... (Nathan Denette, Archives PC)

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Le sit-in des membres de Black Lives Matter était évidemment stratégique. C'était la première fois qu'un premier ministre du Canada - Justin Trudeau, en l'occurrence - marchait dans un défilé de la Fierté gaie.

Nathan Denette, Archives PC

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Point de vue
Le Droit

La société canadienne est composée d'une multitude de groupes minoritaires. Rares sont les collectivités qui sont à 100% homogènes - blanches et catholiques, par exemple.

Les cours d'école illustrent bien la diversité qui caractérise notre société; on y trouve tour à tour des noirs, des musulmans, des asiatiques, des transgenres, etc. Le Canada se targue d'être le «meilleur pays au monde» en raison de son esprit inclusif, mais il s'en trouve évidemment pour crier à la discrimination.

Lors du défilé de la fierté gaie à Toronto, le 3 juillet dernier, des membres du mouvement Black Lives Matter (BLM) ont orchestré un sit-in et imposé un arrêt d'une demi-heure afin de revendiquer une plus grande représentation et un meilleur financement des communautés raciales durant le festival Pride Toronto.

Le directeur de l'événement, Mathieu Chantelois, a agréé aux demandes de BLM «juste pour que le défilé se remette en marche».

Le sit-in des membres de Black Lives Matter était évidemment stratégique. C'était la première fois qu'un premier ministre du Canada - Justin Trudeau, en l'occurrence - marchait dans un défilé de la fierté gaie, attirant dès lors une vaste couverture de la presse canadienne et internationale. Black Lives Matter avait dès lors l'oreille des médias. Certains ont parlé d'une technique de chantage par une minorité infime.

La faction torontoise de Black Lives Matter est un très petit chapitre d'un vaste mouvement américain. Elle ne demande pas seulement plus d'argent et plus de visibilité, mais exige que les contingents et chars allégoriques des forces policières soient bannis du défilé de la fierté gaie. Les policiers peuvent être présents uniquement s'ils s'identifient comme LGBTQ. Pour moi, cela s'appelle «viser l'inclusion par l'exclusion».

Les francophones aussi sont peu visibles. Le personnel de Pride Toronto ne manifeste jamais une grande ouverture envers le fait français. Le directeur général Mathieu Chantelois n'est là que depuis deux ans, mais il n'engage pas lui-même des vedettes franco-ontariennes ou québécoises. Parce que FrancoQueer, porte-parole des LGBTQ d'expression française à Toronto, trouve le financement nécessaire, Pride Toronto accepte d'offrir une scène pour quelques heures.

FrancoQueer n'a pas pour autant orchestré un sit-in lors du défilé afin de revendiquer une plus grande place ou une meilleure reconnaissance. Il a plutôt laissé une marque francophone en remplissant une case dans la programmation du plus gros festival de la Fierté gaie en Amérique. Vive l'inclusion!

Pour revenir à Black Lives Matter, ce groupe avait obtenu que la première ministre Kathleen Wynne rouvre l'enquête sur la mort d'un réfugié soudanais tué en juillet 2015 par un policier qu'il menaçait d'un marteau. Selon François Bergeron, de L'Express de Toronto, «d'aucuns croient que c'est l'indifférence de la procureure générale Madeleine Meilleur, qui avait admis ne pas avoir lu le rapport de l'Unité des enquêtes spéciales exonérant la police, qui a précipité son départ de la scène politique en juin».

Au Canada, on clame haut et fort que la diversité est source de vitalité communautaire et d'enrichissement collectif. C'est aussi source de dialogues parfois pénibles. C'est bien connu que le progrès s'effectue souvent à pas de tortue.

L'auteur, Paul-François Sylvestre, est un écrivain demeurant à Toronto.

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