Le COJO, un emploi temporaire?

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La mascotte des Jeux olympiques de Montréal de 1976

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Point de vue
Le Droit

Dans son onzième texte consacré aux Jeux olympiques de Montréal, Alain Guilbert revient sur son cheminement professionnel. L'auteur, qui habite maintenant à Ottawa, a oeuvré pendant deux ans et demi au sein du comité organisateur des Jeux, notamment à titre de directeur de l'information.

Ma carrière professionnelle a débuté à la fin de l'été 1959 à La Tribune de Sherbrooke.

Mon père est décédé lorsque j'avais 4 ans. J'étais l'aîné de trois enfants. Heureusement, ma mère croyait en l'éducation. Même si nous étions démunis financièrement, j'ai pu compléter mes études classiques avec l'aide du curé du village D'Acton Vale et de l'oeuvre des vocations du diocèse de St-Hyacinthe.

Beaucoup de personnes pensaient que les enfants dans ma situation étaient destinés à devenir des prêtres. Après mes études classiques, je suis même allé au noviciat des Pères de Ste-Croix (à Sainte-Geneviève de Pierrefonds), après m'être senti «appelé de Dieu», à la suite d'une «retraite» de fin d'études.

Mais après un séjour de 9 mois au sein de la communauté, j'ai réalisé que ce n'était probablement pas là ma destination de vie. Je me suis donc inscrit à la faculté de droit de l'Université de Sherbrooke. Mais nous (ma mère et moi) étions sans ressources financières pour assumer les frais de scolarité et les frais de survie (chambre, nourriture, etc.). Par un heureux hasard, plusieurs journalistes venaient de quitter la salle de rédaction de La Tribune pour se joindre à La Presse, qui avait alors décidé de lancer des éditions régionales à Québec, à Trois-Rivières, à Chicoutimi et à Sherbrooke.

Le jour où je me suis présenté au journal pour y solliciter un emploi qui me permettrait de poursuivre mes études, tous les astres étaient alignés en ma faveur. On cherchait activement à combler des postes vacants dans les meilleurs délais. Un journal quotidien, ça publie tous les jours. On ne peut opérer bien longtemps avec seulement la moitié d'une équipe de rédaction.

Je suis embauché sur-le-champ... Je débute le dernier lundi du mois d'août, exactement une semaine avant l'entrée à l'université. En plus d'avoir trouvé un emploi qui me permet d'étudier, je découvre que mes cours seront donnés au palais de justice à 50 pas à peine de l'édifice de La Tribune. Les étudiants en droit suivaient leurs cours dans les salles des tribunaux du palais de justice. La plupart des professeurs étaient des juges en fonction ou des avocats en exercice. Les heures de cours étaient regroupées entre 8h et 10h, et entre 16h et 18h. Entre ces heures, les salles de cours devenaient les salles de tribunaux dans lesquelles nos professeurs se transformaient en juges ou en avocats.

Mes heures de travail à La Tribune étaient de 18h (à la fin de mes cours) jusqu'à 1h du matin. Mes nuits étaient forcément courtes. Je ne m'endormais jamais avant 2h après mon travail et je me levais à 6h environ pour avoir le temps de me laver, de déjeuner et de me rendre aux cours. La semaine de travail était de 12 jours, soit 12 jours consécutifs de travail et un congé de 2 jours à chaque période de deux semaines.

Malgré ces horaires plutôt lourds, j'adorais mon travail. Et ce qui devait arriver arriva... Avec les semaines, j'étais devenu bien plus intéressé par mon travail que par mes cours. Et mine de rien, je progressais au sein de la grande famille de La Tribune. Après avoir corrigé des textes pendant quelques mois, je suis devenu reporter aux affaires de police et aux tribunaux. Je me suis rapidement fait des amis tant parmi la famille juridique (juges et avocats) que la famille policière (Sûreté du Québec et police de Sherbrooke). De plus, je travaillais le jour et au début de soirée plutôt que jusqu'en début de nuit. La vie était rendue plus facile.

Et avec les années qui passaient, je prenais de plus en plus d'expérience et je progressais au sein de la salle de rédaction. Je suis devenu chef de nouvelles à 24 ans, le plus jeune à occuper un tel poste dans un quotidien du Québec, puis chef de l'information, puis directeur de l'information, puis directeur de la page éditoriale.

J'étais toujours passionné par mon travail, mais je me rendais compte que j'avais pas mal fait le tour du jardin dans cette entreprise. Bien sûr, j'ai eu régulièrement des offres d'emploi pour travailler ailleurs, mais elles n'étaient jamais assez alléchantes pour que je quitte. Mon «grand patron» de l'époque, le regretté Yvon Dubé qui est éventuellement devenu président du journal, m'avait confié un jour qu'il regrettait une seule chose dans toute sa carrière. C'était de n'avoir jamais quitté La Tribune, de n'être jamais allé ailleurs voir ce qui s'y passait.

Ce commentaire, je l'avais retenu et un jour du début d'automne 1972, quand on m'a offert le poste de rédacteur en chef du magazine L'Actualité (à Montréal), j'ai dit oui! J'ai décidé d'aller voir ailleurs. Et cette décision m'a amené à parcourir beaucoup de chemin dans les années suivantes.

Disons au départ que j'avais beaucoup de difficulté à m'adapter au rythme d'une publication mensuelle, alors qu'au cours des 13 années précédentes, j'avais vécu au rythme d'une publication quotidienne. Il y a un monde de différence entre les deux. Bien sûr, plusieurs s'adaptent à cette formule... mais pas moi.

Au printemps 1974, une année et demie après mon arrivée à Montréal, je reçois un appel d'un ex-journaliste (devenu par la suite un véritable ami) qui venait de se joindre au Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO) de Montréal 1976. Lui-même venait d'être embauché comme directeur général adjoint et son premier mandat consistait à restructurer au complet l'équipe des communications. Il voulait me rencontrer et m'offrir le poste de directeur de l'information. Quand j'ai raccroché le téléphone, j'avais un large sourire qui traversait tout mon visage, au point où un collègue qui était dans mon bureau lorsque j'ai pris l'appel m'a demandé ce qui se passait. Je savais dès ce moment que je quitterais le magazine pour aller vivre l'expérience olympique.

Ma rencontre avec Rénald Savoie a été assez courte. J'ai accepté son offre sans hésiter. Je sentais que j'allais vivre une aventure extraordinaire, et aussi acquérir une expérience tout à fait unique. Et je n'ai pas été déçu, loin de là. Tout récemment, j'ai même confié au journaliste et chroniqueur de La Presse, Philippe Cantin, que «le COJO avait été le trip de ma vie».

Mon arrivée au COJO a été soulignée dans les médias, tant à Montréal qu'en province. Quand des amis me rencontraient, la plupart d'entre eux émettaient le commentaire suivant: «C'est temporaire un emploi au COJO, que vas-tu faire après les Jeux?»  Je leur répondais immanquablement: «C'est une bonne question, je ne me la suis jamais posée.» Et c'était la pure vérité. 

Effectivement, mon emploi au COJO s'est terminé à la fin de septembre 1976, quelques semaines après la cérémonie de clôture, le temps de fermer tous mes dossiers et de compléter mes rapports d'activités.

Puis je suis retourné à La Tribune pour (aussi) deux années et demie; puis à La Voix de l'Est (Granby) pour cinq années; puis au Soleil (Québec) pour trois années; puis au Groupe Everest (Montréal) pour trois années; puis au Groupe DBC Communications (St-Hyacinthe) pour deux années et demie; puis au Groupe Transcontinental (Montréal) pour cinq années; et enfin à Postes Canada (Ottawa) pour huit années, soit jusqu'à ma retraite.

Quand je regarde tous les postes que j'ai occupés, je crois franchement que mon emploi au COJO n'a pas été plus «temporaire» que tous mes autres emplois qui ont suivi. En fait, ils ont tous été temporaires!!!  Et mon premier «grand patron», Yvon Dubé, s'il vivait encore, serait fier du fait que «je sois allé voir ailleurs», même voir plusieurs ailleurs!!!

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