Convaincre les anglophones

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Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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Point de vue
Le Droit

La désignation du statut officiel du français et de l'anglais au sein de la Ville d'Ottawa nécessite de désamorcer les réticences des anglophones et, par extension, de tous les Ontariens face à cette reconnaissance juridique.

Plusieurs grands thèmes font l'objet de craintes: les coûts, l'obligation linguistique auprès des employés municipaux, la formule «à la fédérale» et la judiciarisation des droits.

La majorité des anglophones d'Ottawa ne sont pas opposés à reconnaître l'égalité des langues française et anglaise. Ce sont plutôt les droits et obligations qui en découlent qui posent problème.

Les coûts sont souvent le premier argument invoqué pour éviter d'avancer dans la reconnaissance d'égalité des langues.

La Ville d'Ottawa a déjà mis en place des services en langue française. Maintenant, le fédéral doit assumer son rôle de leader et promouvoir les intérêts de sa capitale. Cela comprend une obligation de financer la prestation de services dans les deux langues officielles. Il est dans l'intérêt de tous les Canadiens qu'Ottawa reflète la réalité du pays. Ne pas le faire serait manquer à son propre devoir national.

Les coûts des services en français représentent moins de 0,1% du budget municipal et cette reconnaissance ne devrait pas faire augmenter de façon substantielle cette portion du budget.

Les employés municipaux ne seront pas obligés de parler les deux langues dès la mise en place de la politique de bilinguisme officielle. Oui, un réaménagement des effectifs pourrait être nécessaire quand la compétence linguistique est nécessaire pour servir les citoyens dans la langue de leur choix, mais les employés affectés ne devraient pas perdre leur emploi ou leurs avantages sociaux à la suite de ce changement. Une approche par étapes serait mise en place afin que les nouveaux employés puissent acquérir la compétence linguistique nécessaire à leur poste. Ceux qui ne la possèdent pas pourraient être formés, être transférés ailleurs dans l'administration municipale ou même rejoindre les forces de la fonction publique fédérale grâce à un programme d'échanges.

La «formule fédérale» fait très peur à plusieurs anglophones. Elle préconise une compétence linguistique institutionnelle dans la majorité des postes de l'administration centrale et fait craindre le pire. La mesure ralentira-t-elle la promotion d'employés unilingues? Est-ce qu'elle obligera la création d'une nouvelle série de services, comme la traduction simultanée des réunions des comités? Ces questions sont légitimes et il faut créer des mécanismes de transition afin de gérer toutes les questions liées à la langue de travail et la gestion des services publics.

La judiciarisation des droits linguistiques suscite la crainte de procès pour faire avancer le droit aux services en français. Un commissaire aux services linguistiques pourrait être nommé afin de porter attention à toute plainte et d'éviter de toujours se retrouver devant les tribunaux.

La communauté francophone d'Ottawa a le devoir d'expliquer ses revendications à la communauté anglophone pour que celle-ci puisse l'appuyer dans sa quête d'égalité linguistique.

L'auteur, Gilles LeVasseur, est constitutionnaliste et professeur à l'Université d'Ottawa.

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