Le «problème» du party à 110 000$

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La mascotte des Jeux olympiques de Montréal de 1976

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Point de vue
Le Droit

Dans son dixième texte consacré aux Jeux olympiques de Montréal, Alain Guilbert revient sur la grande fête organisée après la cérémonie de clôture. L'auteur, qui habite maintenant à Ottawa, a oeuvré pendant deux ans et demi au sein du comité organisateur des Jeux, notamment à titre de directeur de l'information.

Le président du comité organisateur des Jeux de Montréal, Roger Rousseau, n'aimait pas annoncer ce qu'il considérait comme de mauvaises nouvelles - et particulièrement en matière de finances.

Quand le maire Jean Drapeau avait obtenu les Jeux de 1976, il avait sorti deux lapins de son chapeau en affirmant publiquement que l'événement coûterait 310 millions $, soit 250 millions $ pour les édifices olympiques et 60 millions $ pour l'organisation proprement dite. 

Après les Jeux de Munich, le COJO a vraiment été mis en place. La nouvelle organisation avait fait appel à une trentaine d'observateurs dépêchés en Allemagne pour examiner de près tout ce qu'un événement de cette envergure pouvait exiger. À la fin de 1974, à la demande du conseil d'administration, nous avons procédé à une mise à jour des coûts prévus. Cette fois, nous avions en main à peu près toute l'information nécessaire pour produire un budget réaliste, plutôt que ce chiffre de 60 millions $ un peu lancé au hasard.

Le résultat de cet examen nous a donné un montant 110 millions $ pour la partie du COJO. Le volet des nouveaux édifices olympiques, lui, était la responsabilité de la Ville de Montréal.

Quand ce chiffre a été transmis à notre président, celui-ci a refusé de le soumettre aux membres du conseil d'administration, particulièrement au maire Jean Drapeau. L'ex-ambassadeur Rousseau se refusait à présenter un budget supérieur à 100 millions $, même si la somme était parfaitement réaliste. Nous avons finalement présenté un budget de 98 millions $, tout en sachant très bien qu'il était pratiquement impossible de tout réaliser avec ce montant.

Dans les faits, les Jeux ont coûté environ de 120 millions $.

***

Je vous raconte cette anecdote pour démontrer que notre président n'aimait pas beaucoup annoncer ce qu'il considérait comme une mauvaise nouvelle en matière d'argent. Mais ce dont je veux vous parler, c'est du party organisé pour les représentants des médias après la cérémonie de clôture.

Lors de tous les Jeux, la tradition est de célébrer un peu après l'événement: une fête pour les athlètes au village; une pour les médias au centre de presse; une pour les dignitaires dans un hôtel du centre-ville, etc.

Avec quelques collègues du département des communications, nous avions préparé toute une fête à la Place Desjardins, boulevard René-Lévesque, fête qui se déroulerait sur les deux étages de la mezzanine et sur le plancher inférieur de l'espace central, au milieu des quatre tours. Nous avions besoin d'espace, beaucoup d'espace: nous avions prévu devoir accueillir entre 3000 et 4000 personnes.

Nous avions déniché de nombreuses commandites pour payer une partie de l'alcool, de la nourriture, de la musique, etc. Avec l'aide de nombreux fournisseurs, nous avions pu réduire les dépenses à seulement 110 000$, ce qui représentant à peine 25$ par personne. Les fêtes qui se limitent à si peu sont plutôt rares de nos jours. Elles l'étaient déjà à cette époque.

Notre président n'a appris la tenue de ce party que trois ou quatre jours avant la fin des Jeux. Il a sermonné notre directeur général, Jean Loiselle, l'incitant même à annuler la fête s'il n'était pas trop tard. Celui-ci lui a répondu qu'il ne savait pas où le tout était rendu, qu'il s'informerait et le tiendrait au courant.

Je me retrouve donc au bureau de Jean Loiselle, quelques minutes plus tard. Il me demande où en est notre party. Les invitations avaient-elles été distribuées aux représentants des médias? Pas encore, lui dis-je. Puis, il m'a demandé: «Est-ce qu'elles pourraient l'être rapidement?» Ma réponse: oui... dans moins d'une heure.

Cinq minutes plus tard, j'étais au bureau de poste du centre de presse, où tous les journalistes accrédités possédaient une case postale. J'ai demandé aux responsables de Postes Canada sur place d'y déposer immédiatement les invitations, ce qui a été fait en à peine 30 minutes. Au terme de ce court délai, j'ai pu confirmer à Jean Loiselle que toutes les invitations étaient distribuées... ce qui lui a permis de dire au président qu'il était trop tard pour annuler la fête.

***

Ce fut une soirée mémorable.

Elle a débuté plutôt tard, après la cérémonie de clôture au Stade olympique, et s'est poursuivie jusqu'au petit matin.

Des dizaines, voire des centaines de cadres et d'employés du COJO se sont joints à nous. Nous acceptions tous ceux et celles qui avaient une accréditation officielle des Jeux. Selon des estimations plutôt conservatrices, 5000 personnes se sont jointes à nous pour célébrer la fin de cet événement historique. Et le coût final d'environ 20$ par participant nous paraissait plus que raisonnable. Pour ceux et celles qui avaient tout organisé, c'était même un exploit!

Mais le président Roger Rouseau n'avait digéré ni la fête ni la dépense de 110 000$. À la réunion du conseil d'administration, quelques jours après la fin des Jeux, il avait fait inscrire le sujet à l'agenda. Quand les membres du c.a. en sont arrivés à ce point, le président a donné la parole à Jean Loiselle. Le maire Drapeau lui a demandé de quoi il s'agissait. Jean lui a répondu qu'il s'agissait de la fête à l'intention des journalistes.

Jean Drapeau lui a alors demandé combien cela avait coûté. Sa réponse: 110 000 $. «Alors, où est le problème?» a répliqué le maire.

Ce fut la fin de la discussion. Dossier clos!

***

Les autres textes de la série: «Il y a 40 ans, les Jeux de Montréal» (16 juillet), «Comment Montréal a obtenu les Jeux» (19 juillet), «Les médailles canadiennes des Jeux de Montréal» (20 juillet), «Le faux départ des Soviétiques» (21 juillet), «Bromont... à cause d'un cheval sur le terrain de golf» (22 juillet), «Aventures avec la faune médiatique (1)» (23 juillet), «Aventures avec la faune médiatique (2)» (25 juillet), «À qui servent les boycotts des Jeux olympiques?» (26 juillet) et «Le millionième spectateur du Stade olympique» (27 juillet)

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