Le millionième spectateur du Stade olympique

Dans le contexte de 1976, il était évidemment... (Pierre McCann, Archives La Presse)

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Dans le contexte de 1976, il était évidemment impossible de déterminer avec certitude lequel de tous les spectateurs serait le véritable millionième à pénétrer dans le stade. Nous devions donc choisir quelqu'un qui serait, à quelques dizaines près, le «millionième» spectateur.

Pierre McCann, Archives La Presse

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Point de vue
Le Droit

Dans son neuvième texte consacré aux Jeux olympiques de Montréal, Alain Guilbert nous parle du soir où le Stade olympique a accueilli son millionième spectateur. L'auteur, qui habite maintenant à Ottawa, a oeuvré pendant deux ans et demi au sein du comité organisateur des jeux, notamment à titre de directeur de l'information.

Quand nous sommes arrivés, à quelques jours seulement du début des Jeux, le grand patron de l'équipe des communications, Jean Loiselle, nous a annoncé qu'il avait retenu les services des quelques spécialistes des relations publiques - «les meilleurs au Québec», nous avait-il dit.

Ces recrues de dernière minute n'étaient pas là pour leurs connaissances des Jeux ou de l'organisation, mais plutôt pour nous aider dans les situations difficiles ou imprévues.

J'avais été jumelé avec Pierre Tremblay, sans doute le relationniste le mieux connu de la ville de Québec, dont j'ai pu apprécier l'efficacité et les connaissances - et que j'ai eu l'occasion de côtoyer régulièrement quelques années après les Jeux, lorsque je suis allé travailler au journal Le Soleil.

Pierre m'a accompagné partout où je suis allé pendant deux semaines. Inutile de dire qu'il a pu apprendre beaucoup en peu de temps sur les Jeux et leur organisation, en plus d'assister à quelques séances de gymnastique, d'athlétisme, de natation, de cyclisme, de boxe, d'haltérophilie, etc.

J'ai beaucoup apprécié sa présence et ses sages conseils.

Je me souviens d'une occasion en particulier où j'ai bien compris ce qu'était un spécialiste de l'image. Nous étions à environ la moitié des Jeux quand le centre de contrôle du COJO nous a fait savoir que le Stade olympique se préparait à recevoir ce soir-là, vers 19h, son millionième spectateur. On nous demandait de l'accueillir et de lui offrir un traitement de faveur pour toute la soirée.

À l'époque, comme vous le savez probablement, il n'y avait pas d'ordinateurs, de cellulaires ou d'outils de communication bien précis. Les spectateurs de tous les lieux de compétition devaient franchir des tourniquets munis de compteurs qui n'étaient pas reliés entre eux. Au stade, par exemple, il y avait 12 ou 15 tourniquets. Chacun enregistrait le nombre de personnes qui y passaient et ce n'est qu'à la fin qu'on pouvait additionner les entrées de chaque tourniquet et obtenir l'assistance totale.

Dans ce contexte, il était évidemment impossible de déterminer avec certitude lequel de tous les spectateurs serait le véritable millionième à pénétrer dans le stade. Nous devions donc choisir quelqu'un qui serait, à quelques dizaines près, le «millionième» spectateur.

Pierre Tremblay m'avait expliqué qu'il fallait dans la mesure du possible choisir une personne qui serait photogénique, qui parlerait français et qui habiterait la grande région métropolitaine. Et pourquoi pas? Vers 19h, nous avons pris place près des tourniquets, assez loin l'un de l'autre pour voir entrer tout le monde ou presque, mais aussi assez près l'un de l'autre pour ne pas nous perdre de vue et pouvoir nous faire des signes.

Après une dizaine de minutes à regarder passer des dizaines et des dizaines de spectateurs, une dame âgée de 30 ou 40 ans se présente à un tourniquet. Elle est accompagnée de six enfants. Pierre et moi l'avons remarqué en même temps et, aussitôt, nous avons tous deux faits «oui» d'un signe de tête.

Nous nous sommes alors approchés de la dame, et nous lui avons posé quelques questions. Elle s'appelait Léonie Pilon. Elle était francophone. Elle habitait Laval. Des six enfants qui l'accompagnaient, trois étaient les siens et chacun d'eux était accompagné d'un ou une amie. Tout était parfait. Nous avions la personne idéale pour notre millionième spectateur. Je lui ai annoncé la bonne nouvelle. Elle n'en croyait pas ses oreilles.

Nous avons pris des photos, puis avons conduit toute la famille dans des sièges spéciaux et leur avons remis des cadeaux souvenirs du COJO. D'autres photos ont été prises. Le grand tableau indicateur du stade a salué leur présence. À la fin de la soirée, nous avons salué notre millionième spectateur une dernière fois. Mme Pilon n'était définitivement pas prête d'oublier cette soirée bien spéciale. Une dizaine de jours plus tard, les Jeux étaient terminés, mais j'ai reçu une magnifique lettre de remerciements signée de sa main.

Nous n'aurions pu faire un meilleur choix.

***

Les autres textes de la série: «Il y a 40 ans, les Jeux de Montréal» (16 juillet), «Comment Montréal a obtenu les Jeux» (19 juillet), «Les médailles canadiennes des Jeux de Montréal» (20 juillet), «Le faux départ des Soviétiques» (21 juillet), «Bromont... à cause d'un cheval sur le terrain de golf» (22 juillet), «Aventures avec la faune médiatique (1)» (23 juillet), «Aventures avec la faune médiatique (2)» (25 juillet) et «À qui servent les boycotts des Jeux olympiques?» (26 juillet)

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