Le bilinguisme à la sauce ontarienne

C'est bien beau d'avoir un drapeau et une... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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C'est bien beau d'avoir un drapeau et une journée des Franco-Ontariens, mais cela demeure de la frime folklorique si la reconnaissance du français ne s'exerce pas aux plus haut échelons du gouvernement, souligne l'auteur.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Point de vue
Le Droit

Lors du rapatriement de la Constitution, en 1982, l'Ontario a refusé de se déclarer bilingue, à l'image du Nouveau-Brunswick. Depuis, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario n'a jamais réussi à faire avancer ce dossier, la province préférant l'approche des services en français, plutôt que celle d'une déclaration qui risquerait de faire des vagues et de susciter un débat acrimonieux.

Mais en réalité, l'Ontario est bilingue dans trois domaines.

Premièrement, en matière d'éducation: tous les cours, de la prématernelle à la 12e année, sont offerts en français dans des écoles gérées par des conseils scolaires de langue française. Deuxièmement, du côté de la justice: les testaments peuvent être écrits en français et tous les procès de juridiction provinciale peuvent se dérouler en français. Troisièmement, à l'Assemblée législative de l'Ontario: tous les députés peuvent s'y exprimer en français ou en anglais.

En éducation, le français a acquis un statut égal à l'anglais après plusieurs crises scolaires, commissions d'études et projets de lois. Dans le domaine de la justice, le procureur général Roy McMurtry a opté pour la formule des petits pas, sans brusquer le système, et a rendu les cours de justice bilingues sans tambour ni trompette. Quant à Queen's Park, on n'a eu qu'à engager des interprètes et le tour était joué.

Face à cette situation de bilinguisme implicite, on peut légitimement se poser une question.

Pourquoi les postes de ministre de l'Éducation, de procureur général (ministre de la Justice) et de président de l'Assemblée législative ne sont pas toujours occupés par une personne parfaitement bilingue?

Un député unilingue anglais peut accéder à tous les postes du cabinet, sauf peut-être à celui de ministre délégué aux Affaires francophones (encore que cela pourrait techniquement arriver). À l'inverse, un député unilingue français ne peut pas accéder au cabinet, même pas au poste de ministre délégué aux Affaires francophones. Pourquoi? Parce que les réunions du conseil des ministres se déroulent en anglais; les mémoires que soumettent les ministres sont rédigés en anglais, seule langue officielle du gouvernement de l'Ontario.

J'ai déjà recommandé à l'ancienne ministre Madeleine Meilleur de faire adopter une politique à l'effet que tous les mémoires soumis, peu importe le ministère, aient un article intitulé «Impact sur les services en français». 

Comme je n'ai jamais eu de réponse, j'en déduis que cette politique n'a pas été mise en oeuvre.

On a récemment célébré 400 ans de présence française en Ontario. De beaux discours, de beaux spectacles, de beaux partys. Peu de gestes concrets ayant un impact durable. C'est bien beau d'avoir un drapeau et une journée des Franco-Ontariens, mais cela demeure de la frime folklorique si la reconnaissance du français ne s'exerce pas aux plus haut échelons du gouvernement.

Le commissaire aux services en français François Boileau a récemment recommandé de revoir la Loi sur les services en français. Elle date de 30 ans, donc d'une époque qui connaissait à peine Internet et pas du tout les réseaux sociaux. Cette refonte de la Loi demeure peut-être l'occasion, non pas de déclarer la province bilingue (ce serait trop beau!), mais de mieux enchâsser les droits des Franco-Ontariens et Franco-Ontariennes.

L'auteur, Paul-François Sylvestre, est un écrivain basé à Toronto.

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