Aventures avec la faune médiatique (2)

Le Stade olympique de Montréal, 40 ans après... (Ryan Remiorz, Archives PC)

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Le Stade olympique de Montréal, 40 ans après les Jeux

Ryan Remiorz, Archives PC

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Point de vue
Le Droit

Dans son septième texte consacré aux Jeux olympiques de Montréal, Alain Guilbert nous raconte une fois de plus quelques unes des (més)aventures qu'il a vécues avec les gens des médias en 1976. L'auteur, qui habite maintenant à Ottawa, a oeuvré pendant deux ans et demi au sein du comité organisateur des jeux, notamment à titre de directeur de l'information.

Une autre aventure olympique pas très plaisante s'est déroulée cinq jours avant la fin des Jeux. Le tout est survenu à l'aréna St-Michel, dans l'est de Montréal, lors de la finale de la catégorie des poids lourds en haltérophilie. La grande vedette de la soirée devait être (et a été!) le Soviétique Vasily Alexeiev. Celui-ci avait participé aux Compétitions internationales Montréal 75, l'automne précédent, et avait séduit les amateurs québécois.

Le soir de la finale, le tout petit amphithéâtre où l'événement se déroulait était rempli à pleine capacité. Quelques minutes avant le début de l'épreuve, les seuls sièges libres se trouvaient dans la section des dignitaires - un phénomène qui s'était reproduit à plusieurs reprises dans plusieurs lieux de compétition depuis le début des Jeux, ce qui nous avait aussi valu plusieurs critiques.

Lors de cette soirée de fin juillet, il n'y avait pas beaucoup d'épreuves dans les sports plus populaires, les compétitions de natation étant terminées et celles d'athlétisme ayant lieu en plein jour. Pas surprenant que plus d'une centaine de journalistes se soient retrouvés sur place. Malheureusement, il n'y avait qu'une cinquantaine de places pour la presse. Les laissés pour compte faisaient le pied de grue devant la porte d'entrée réservée aux journalistes et maugréaient.

Plusieurs voulaient absolument se retrouver à l'intérieur. La personne qui exprimait le plus son insatisfaction était Christie Blatchford, alors chroniqueuse au Globe & Mail. Dans une tentative de régler le problème au moins partiellement, j'avais communiqué avec le représentant du protocole et lui avais demandé qu'il permette exceptionnellement à des journalistes de prendre place dans le section des dignitaires. Permission accordée, à condition de garder deux places libres en première rangée parce que le premier ministre Trudeau et l'un de ses fils étaient attendus dans les prochaines minutes (en provenance de l'Université de Montréal, où il y avait des épreuves d'escrime).

Il m'a alors été possible de faire entrer une vingtaine de journalistes dans la section VIP et d'en faire asseoir une dizaine d'autres dans les allées de la section de presse. Mais Mme Blatchford continuait de maugréer et affirmait à tous les autres qu'il y avait encore plein de places libres.

Il n'y en avait pas; il y avait même des gens entassés debout les uns contre les autres, ce qui n'était sûrement compatible avec les règles de sécurité. J'ai alors fait un pacte avec la journaliste du Globe & Mail. «Vous venez avec moi à l'intérieur et s'il y a plus de sièges libres que les deux réservés au premier ministre Trudeau, vous revenez à l'extérieur avec moi et vous dites à tous vos collègues qu'il n'y a plus aucune place.» Elle s'est dite d'accord avec ma proposition.

Nous sommes entrés ensemble en nous faufilant à travers les spectateurs debout et nous nous sommes avancés jusque devant la section VIP. Et il n'y avait que deux places libres.

Alors Mme Blatchford m'a dit: «Maintenant que je suis à l'intérieur, je pourrais demeurer ici.»

Il n'en était pas question, nous avions un deal et j'avais respecté ma partie de l'entente, elle devait respecter la sienne. Je l'ai donc accompagnée à l'extérieur et elle a confirmé à tous ses collègues, un peu à reculons, que «c'était bien vrai qu'il n'y avait que deux sièges libres». Et au même moment, on me confirmait que le premier ministre et son fils venaient tout juste d'accéder à leurs sièges.

Les journalistes qui étaient encore à l'extérieur de l'aréna ont commencé à se disperser... et tout est rentré dans l'ordre!

Et en passant, le Soviétique Vasily Alexeiev a remporté la médaille d'or en plus d'établir un nouveau record du monde!

***

Les autres textes de la série: «Il y a 40 ans, les Jeux de Montréal» (16 juillet), «Comment Montréal a obtenu les Jeux» (19 juillet), «Les médailles canadiennes des Jeux de Montréal» (20 juillet), «Le faux départ des Soviétiques» (21 juillet), «Bromont... à cause d'un cheval sur le terrain de golf» (22 juillet) et «Aventures avec la faune médiatique (1)» (23 juillet)

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