Bromont... à cause d'un cheval sur le terrain de golf

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Après le rapport de son délégué technique, la FEI recommandait le centre équestre de Bromont pour y présenter les épreuves de dressage et de concours d'obstacles des Jeux olympiques de Montréal.

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Dans son cinquième texte consacré aux Jeux olympiques de Montréal, Alain Guilbert explique pourquoi le site de Bromont a été préféré à celui d'Hudson pour présenter les compétitions équestres en 1976. L'auteur, qui habite maintenant à Ottawa, a oeuvré pendant deux ans et demi au sein du comité organisateur des jeux, notamment à titre de directeur de l'information.

Au départ, Bromont ne faisait pas partie des plans du Comité organisateur des Jeux Olympiques de Montréal (COJO).  En effet, dans le plan original du COJO, les épreuves de dressage des sports équestres devaient avoir lieu à l'île Ste-Hélène alors que les épreuves de saut d'obstacles (individuels) devaient être présentées à l'Autostade, une structure aujourd'hui disparue qui avait été construite à l'époque d'Expo 67 en bordure de l'autoroute Bonaventure.

Bien sûr, comme le veut la tradition, les épreuves de sauts d'obstacles par équipes auraient lieu au Stade olympique dans les heures précédant la cérémonie de clôture.

Chaque lieu de compétition doit éventuellement être approuvé par la Fédération internationale de chacun des sports. Ainsi quand la Fédération équestre internationale a dépêché ses représentants à Montréal, ceux-ci ont rejeté les deux propositions du COJO, soit l'île Ste-Hélène et l'Autostade. Pour quelles raisons?

Dans le cas de l'île Ste-Hélène, le passage des automobiles et des camions franchissant par milliers le pont Jacques-Cartier tout au long de la journée aurait, semble-t-il, considérablement bouleversé les chevaux qui, pour performer à la hauteur de leurs habiletés, réclament un silence quasi absolu. Pour que cet emplacement situé dans un extraordinaire décor champêtre ait été acceptable, il aurait fallu fermer complètement le pont pendant plusieurs jours, ce qui était impensable à l'époque.

Dans le cas de l'Autostade, c'était sensiblement le même problème. Les milliers de véhicules qui circulaient à bonne vitesse sur l'autoroute Bonaventure causaient aussi beaucoup trop de bruit  pour les athlètes et les chevaux. Là aussi, c'était impensable de fermer le principal accès au centre-ville de Montréal en arrivant par la Rive-Sud.

Une fois ces deux lieux de compétition écartés, il fallait trouver une autre solution. Deux  nouvelles propositions ont donc été soumises au COJO, l'une par le centre équestre d'Hudson, en banlieue ouest de Montréal, et l'autre par la nouvelle ville de Bromont, en Montérégie.

Les deux projets étaient pilotés par des personnes importantes. Dans le cas d'Hudson, il était parrainé par le propriétaire du centre équestre de l'endroit, George Jacobson, qui était également le président de l'Association canadienne de sports équestres. Dans le cas de Bromont, le projet était parrainé par un entrepreneur prestigieux, Roland Désourdy, le créateur de la ville de Bromont et le grand patron de Désourdy Construction, l'un des principaux constructeurs du Stade et des autres structures du Parc olympique.

Les deux propositions étaient aussi intéressantes l'une que l'autre.

La Fédération équestre internationale (FEI), dont le président était le Prince Phillip  (oui, le conjoint de «notre» reine!), a donc dépêché son conseiller technique, le Major Rourke, un ex-officier des Forces armées britanniques et aussi un cavalier expérimenté.

Le conseiller technique s'est d'abord rendu à Hudson où il a été accueilli par M. Jacobson. Il a semblé impressionné par ce qu'il a vu à ce centre équestre qui existe encore, 40 ans plus tard.

Puis, il s'est rendu à Bromont pour y rencontrer M. Désourdy, lui aussi un excellent cavalier. Le Centre équestre de Bromont était à cette époque plus rudimentaire que celui d'Hudson. Mais on y avait effectué plusieurs travaux avant la visite du Major Rourke.

Entre autres, on avait recouvert un sentier de nouveau gravier la veille même de la visite technique. Malheureusement, il avait plu abondamment toute la nuit précédente et le nouveau gravier n'avait pas été compacté encore. Les deux hommes circulaient à travers le centre équestre avec des chevaux dont les pattes s'enfonçaient dans le sol presqu'à chaque pas.

A un moment donné, les cavaliers se sont arrêtés au sommet d'une colline située en bordure du club de golf et d'où ils avaient une vue spectaculaire sur l'ensemble du centre équestre.

C'est à ce moment que le major Rourke a mentionné à son hôte que «le fantasme de sa vie avait toujours été de fouler un terrain de golf monté sur son cheval». On sait que les Britanniques ont un respect quasi religieux pour les pelouses. On ne verra jamais un anglais fouler une pelouse du pied, ne serait-ce que d'un pouce (ou d'un centimètre), sauf si c'est pour son entretien. Ce serait quasiment commettre un sacrilège que de le faire.

Monsieur Roland, comme on surnommait familièrement M. Désourdy, a pensé que son jour de chance était enfin arrivé. Il a invité le Major Rourke à le suivre au galop sur le terrain de golf. Après tout, c'est lui qui en était le propriétaire. Le délégué technique n'a pas raté l'occasion qui lui était donnée de réaliser son fantasme, même si les pattes des chevaux ont laissé leurs traces sur deux ou trois des 18 verts du terrain.

Quelques jours plus tard, la Fédération équestre internationale a fait connaître sa décision. Après le rapport de son délégué technique, la FEI recommandait le centre équestre de Bromont pour y présenter les épreuves de dressage et de concours d'obstacles des Jeux olympiques de Montréal.

Quelques années après les Jeux, Monsieur Roland riait encore de son aventure et de la façon dont il s'y était pris pour tenter d'influencer la recommandation du Major Rourke. Un cheval sur un terrain de golf aura possiblement fait de Bromont une ville olympique!

***

Les autres textes de la série: «Il y a 40 ans, les Jeux de Montréal» (16 juillet), «Comment Montréal a obtenu les Jeux» (19 juillet), «Les médailles canadiennes des Jeux de Montréal» (20 juillet) et «Le faux départ des Soviétiques» (21 juillet)

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