Le français écope à la Ville d'Ottawa

La Ville d'Ottawa a annoncé des coupures de postes de cadres supérieures à la... (Archives LeDroit)

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Le Droit

La Ville d'Ottawa a annoncé des coupures de postes de cadres supérieures à la suite d'un réaménagement de sa structure organisationnelle. Cette réorganisation a été adoptée à l'unanimité par le conseil municipal afin d'améliorer son efficacité organisationnelle.

D'autres réductions de postes sont à prévoir dans le cadre de la préparation du budget de la municipalité pour 2017.

Un des éléments de cette démarche est la suspension de l'application de la politique de bilinguisme de la Ville d'Ottawa pour certains postes. Cette dernière a comme objet entre autres d'encourager les employés à travailler dans la langue officielle de leur choix et de prendre les mesures nécessaires pour qu'il y ait en tout temps un nombre suffisant d'employés bilingues. Les employés touchés qui ne seront pas capables de fonctionner dans les deux langues officielles pourront recevoir une formation afin de répondre aux exigences de bilinguisme.

Cette approche viole l'intention et l'application de la politique sur le bilinguisme. 

Nous partageons tous la volonté d'une efficience organisationnelle avec la meilleure prestation de services publics, mais ceci ne doit pas se faire au détriment de principes fondamentaux dont le respect des deux communautés de langues officielles au sein de la Ville d'Ottawa. Ce concept fondamental est même inscrit comme principe directeur de la Politique sur le bilinguisme où la Ville entend accorder les mêmes droits, statuts et privilèges aux deux groupes de langues officielles.

Le geste du conseil municipal justifie l'enchâssement législatif de la politique de bilinguisme de la Ville d'Ottawa. 

Sur simple vote affirmatif, le conseil municipal a dérogé à la Politique de bilinguisme et ceci peut se répéter à tout moment. 

Il faut protéger la Politique de bilinguisme en évitant toujours d'invoquer des motifs d'efficacité et de gestion des coûts. S'ils sont à égalité avec la communauté anglophone au sein de la capitale du Canada, les francophones doivent être traités sur un même pied. Accepterait-on qu'un francophone ne puisse communiquer adéquatement en anglais et soit tenu de suivre des cours de langue anglaise afin d'exercer un poste de direction à Ottawa? Alors pourquoi accepter cela pour les anglophones? 

Si l'employé doit suivre des cours en langue française, cela prend du temps et occasionne des coûts. Pendant ce temps, les droits des francophones sont bafoués.

Lorsqu'un cadre de la Ville d'Ottawa communique uniquement en anglais, tout son département utilisera l'anglais. Cela réduit l'usage du français et par ricochet, la prestation de services publics en français. Lorsque des francophones entreront en contact avec ce cadre, ils seront informés de son unilinguisme. Au mieux on traduira les documents... et on s'excusera pour l'unilinguisme. 

Les francophones veulent être respectés et ne veulent pas être servis par le francophone de service pour protéger l'image de rectitude politique de la municipalité.

Cette décision du conseil municipal reconnaît explicitement que les francophones sont des citoyens de deuxième classe à Ottawa. Ceci ne doit pas être l'image de la dualité linguistique canadienne et en particulier, celle de la capitale du Canada.

L'auteur, Gilles LeVasseur, est constitutionnaliste et professeur à l'Université d'Ottawa.

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