Il y a 40 ans, les Jeux olympiques de Montréal

Greg Joy, aux JO de 1976, à Montréal... (Archives PC)

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Greg Joy, aux JO de 1976, à Montréal

Archives PC

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Point de vue
Le Droit

Il était 17h environ. Depuis deux heures, les 70 000 spectateurs entassés dans le Stade olympique étaient passés par toute la gamme des émotions. Aucun d'entre eux n'aurait voulu être ailleurs en cet après-midi du 17 juillet 1976.

Même le ciel avait contribué à cette journée inoubliable. Gris depuis le matin, il s'était complètement dégagé dans l'heure précédant le début de la fête, et le soleil, s'engouffrant par l'anneau technique du stade sans toit, illuminait de tous ses feux la piste sur laquelle s'apprêtaient à défiler ces milliers d'athlètes venus de tous les coins du monde.

À 15h précises, Sa Majesté Elizabeth II, reine du Canada (sic), avait pris place dans la loge royale; à ses côtés, hommes politiques et dignitaires de la grande famille olympique se pressaient.

L'atmosphère était quelque peu tendue. Depuis des semaines, les rumeurs les plus farfelues avaient circulé: présence de terroristes à Montréal, danger d'écroulement du stade, complot pour assassiner la reine. Les forces de sécurité étaient omniprésentes, au cas où..

La très grande majorité des spectateurs ne demandaient qu'à manifester leur joie. Les huées isolées qui avaient accueilli Elizabeth II avaient été noyées sous des applaudissements nourris, plus chaleureux encore à l'entrée de Jean Drapeau.

Pendant plus de 75 minutes, les athlètes avaient défilé, ceux de la Grèce ouvrant la marche, comme le veut la tradition, ceux du Canada, pays hôte, la fermant, comme le veut aussi la tradition. L'arrivée des athlètes canadiens avait projeté une décharge électrique dans la foule, qui s'était levée d'un bloc pour crier à la fois sa joie et son appui à ces garçons et filles bien décidés à relever le défi du baron Pierre de Coubertin.

Les Québécois montraient du doigt Claude Ferragne et Robert Forget. Les deux sauteurs portaient sur leurs jeunes épaules les espoirs de médaille de tout un peuple, un fardeau sans doute trop lourd. C'est probablement à cet instant précis que tous deux ont subi l'élimination, 13 jours avant l'épreuve du saut en hauteur.

Dans les minutes suivantes, la reine avait proclamé les Jeux «officiellement ouverts». On avait ensuite procédé à l'envoi des couleurs, à la remise du drapeau olympique par le maire de Munich (hôte des Jeux précédents) au maire de Montréal. Puis 80 pigeons, symbolisant les années écoulées depuis la renaissance des Jeux en 1896, avaient pris leur envol vers le ciel.

Maintenant, il était 17h environ...

Soudain, un murmure s'amplifia pour devenir un tonnerre. Sandra Henderson et Stéphane Préfontaine arrivaient dans le stade au pas de course en brandissant la flamme olympique. Deux adolescents pour bien montrer que nos yeux étaient résolument tournés vers l'avenir; une fille et un garçon pour témoigner de l'égalité des sexes; une anglophone et un francophone pour exprimer la dualité canadienne.

Quand Sandra et Stéphane ont gravi le rostre central, mes yeux se sont embrouillés.

Dans ma tête, les images se succédaient à un rythme vertigineux. Je revoyais les manchettes affirmant que les Jeux de Montréal n'auraient jamais lieu; je relisais ces rapports d'experts (!) disant que le Stade ne pourrait être complété à temps; je revivais ces pénibles conflits politiques comme le statut de Taiwan et le boycott des pays africains; les sarcasmes du coût des installations, la démission de politiciens, les doutes d'une population parfois charriée par les médias; je ressentais les drames qui avaient durement frappé le COJO, comme la mort de deux vice-présidents, les conflits de travail, les énergies consacrées à rassurer le Comité international olympique sur la capacité de Montréal à présenter les Jeux.

Au même moment, je savais au plus profond de moi que nous avions triomphé de toutes les difficultés qui avaient parsemé la longue route menant de Munich à Montréal. L'idéal auquel nous croyions avait eu raison de tout. 

Les gens ne pouvaient savoir ce que nous avions vécu pour en arriver là. Tout avait été difficile.

Mais à cet instant précis, plus rien n'avait d'importance. La foule voguait sur un nuage. La flamme brûlait. 10 000 athlètes étaient au rendez-vous. La vraie fête pouvait commencer. Mission accomplie!

Avant de quitter le Stade, j'ai attendu que le dernier athlète en soit sorti. Puis lentement, entouré des miens, j'ai marché avec cette foule soudainement silencieuse et respectueuse du moment historique qu'elle venait de vivre...

C'était y a 40 ans...

L'auteur, Alain Guilbert, est un ancien cadre du COJO résidant maintenant à Ottawa. Jusqu'au 30 septembre, la Maison de la culture Maisonneuve à Montréal présente l'exposition Les Bâtisseurs des Jeux olympiques de Montréal 1976: des hommes et des femmes d'exception. Des anciens du COJO y ont rendez-vous les 23 et 24 juillet.

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