La rainette et la banlieue

La rainette faux-grillon de l'Ouest... (Photo Benny Mazur, Flickr)

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La rainette faux-grillon de l'Ouest

Photo Benny Mazur, Flickr

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Les mentalités changent, évoluent. Ces lois, orientées au gré des mentalités, sont écrites et votées par nos gouvernements et motivées par un consensus social, par des impératifs économiques ou encore par des évidences scientifiques qui justifient l'application d'un nouveau cadre législatif. Les arguments environnementaux et économiques se confrontent et opposent, à tort, le bien commun et l'individu.

Il y a deux semaines, Catherine McKenna, ministre de l'Environnement et des Changements climatiques, s'est assuré de l'application de la Loi sur les espèces en péril en imposant un décret d'urgence afin de protéger la rainette faux-grillon, une toute petite grenouille vivant en milieu humide menacée par un développement immobilier sur la rive sud de Montréal.

Il s'agit d'une première en la matière au Canada. 

L'imposition de ce décret entourant l'habitat de cette espèce, située sur des terres privées, aura pour effet de freiner définitivement la construction de 1200 nouvelles unités d'habitation dans le secteur de La Prairie. Signe que la population est sensible à l'idée de léguer aux générations futures un patrimoine naturel en bonne santé. D'un point de vue scientifique, les biologistes nous rappellent constamment l'importance de protéger les habitats naturels des populations d'espèces sauvages afin d'assurer leur conservation et leur survie.

C'est toutefois sur le point économique que le décret de la ministre McKenna a connu les attaques les plus virulentes. 

Il faut faire preuve de prudence lorsqu'on aborde l'aspect économique de la préservation de l'environnement. En effet, rien ne justifie l'opposition du développement économique à l'environnement. Les médias ont parfois le fâcheux réflexe de nous engager dans ce type de débat non fondé.

La rainette faux-grillon est le canari dans la mine. L'expansion de nos banlieues comporte des risques réels pour le maintien de l'équilibre des écosystèmes tels que les milieux humides. 

Or, qu'en est-il de la valeur économique de ces milieux humides? 

Rarement abordés, les bénéfices économiques liés à la conservation des habitats humides sont importants. Les scientifiques ont démontré que les milieux humides permettent la recharge des nappes phréatiques et fournissent des puits de carbone très performants. Ces milieux purifient également l'eau par le biais de systèmes naturels de filtration et enfin, offrent des capacités de rétention de l'eau nettement utiles pour réduire les risques d'inondations. 

Dans un contexte de changement climatique, ces services écologiques sont de plus en plus cruciaux.

La réalité est que nous ne pourrons pas tous vivre dans une maison unifamiliale avec les deux voitures qui, trop souvent, viennent avec, sur un stationnement bien asphalté. Nous nous devons aussi de sortir de ce mode centré sur l'automobile. La banlieue est souvent synonyme de longues distances pour effectuer des activités quotidiennes comme faire les courses et chercher les enfants à la garderie. 

Nous avons déjà hypothéqué les milieux naturels dans plusieurs régions du pays, une vérité difficile à accepter.

Dire non à ce mode de vie peut sembler brutal pour ceux qui ont grandi avec l'idée que la vie de banlieue est le modèle à suivre. Aujourd'hui, une petite grenouille nous pousse à prendre conscience à revoir ce modèle que nous voulons léguer à nos enfants. Demain, ça peut être une tortue, une baleine ou un ours blanc. La liste des espèces en péril est longue.

L'auteur, Benoit Delage, est directeur du Conseil régional en environnement et développement durable de l'Outaouais (CREDDO)

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