Éducation: pour un nouveau contrat social

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Plus de 4000 contribuables de la CSD ont choisi de verser dorénavant leurs taxes scolaires à la Commission scolaire anglophone Western Québec.

Patrick Woodbury, archives LeDroit

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Une authentique réforme du système d'éducation doit mettre l'accent sur la réussite scolaire des élèves ou des étudiants. Une réforme scolaire n'est pas une série d'annonces sporadiques comme « on rend l'école obligatoire jusqu'à 18 ans pour contrer le décrochage scolaire » ; « on va créer la maternelle à 4 ans dans les milieux défavorisés », « on va rénover les infrastructures scolaires ». Le Québec est plutôt dû pour un nouveau contrat social en éducation qui procède à une réforme systémique prenant globalement en compte les principaux déterminants de l'école dans une société postmoderne.

La réforme doit restituer au système d'éducation le principe fondamental du Rapport Parent, soit une égalité des chances compromise par deux années d'austérité du gouvernement de Philippe Couillard. Les facteurs qui la favorisent ont été sérieusement remis en cause par les coupures budgétaires dans les commissions scolaires (abolition des postes de professionnels tels que psychologues, orthopédagogues, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, éducateurs spécialisés, etc.) et dans certains programmes sociaux (moins de services aux familles défavorisées, etc.).

L'égalité de chances en éducation, c'est d'abord l'accessibilité au système d'enseignement à tous, sans distinction d'origine sociale, de sexe, de religion, de handicap, etc. 

Avoir accès à l'école est nécessaire mais non suffisant. 

On doit ensuite assurer à tous l'égalité des chances de réussite tout au long du cheminement scolaire. Cela implique qu'il faut recourir à des interventions pédagogiques novatrices pour favoriser relativement la réussite des élèves. Par exemple, développer des méthodes d'apprentissage innovantes et appropriées aux différences catégories d'âge.

Le nouveau contrat social en éducation doit dépasser la notion de réussite scolaire définie strictement par la « note de passage » en fonction d'une matière ou de la fin d'un cycle d'étude, pour adopter le principe d'une « scolarisation minimum garantie » à chaque jeune. En effet, face à l'augmentation et à la stabilité, dans le temps, du taux de décrochage scolaire dans les pays de l'OCDE (au Québec il se situe entre 35% et 40% depuis des décennies), des progressistes proposent désormais l'école vise comme finalité l'acquisition du « SMIC culturel ». Il s'agirait d'appliquer au système scolaire les mesures de protection sociale en matière de revenu instaurées après la Deuxième Guerre mondiale et dans les années 1960. On parle respectivement du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC).

Dans les sociétés super-industrielles et démocratiques, le décrochage scolaire se présente comme l'une des premières formes sinon la première forme de l'exclusion sociale. Et la perception d'un individu en échec scolaire est celle d'un exclu du savoir minimum commun. C'est un individu en rupture par rapport aux connaissances nécessaires pour participer à la vie de la cité. En éducation, le « SMIC culturel » (connaissances dans les humanités, en sciences, technologie, les arts, compétences professionnelles et sociales, saines habitudes de vie, etc.) doit être garanti à chaque élève à sa sortie du système scolaire. C'est un « plancher de culture » en dessous duquel ne doit descendre aucun finissant.

La mise en oeuvre du « SMIC culturel » doit être une action intersectorielle concertée impliquant un partenariat entre les agents sociaux, les, institutions et organisations suivants : la famille, l''État, le secteur éducatif, le secteur de la santé et des affaires sociales, le milieu communautaire, le secteur privé, les centres de recherche, etc. C'est ainsi que le Québec favorisera l'éducation de l'individu. Et l'on sait que la personne éduquée, la société éduquée, c'est la liberté. Et la liberté, c'est la réalisation de soi, de l'autre et de tous. 

L'auteur, Yao Assogba, est sociologue et professeur émérite de l'Université du Québec en Outaouais

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