Au-delà de l'idée des langues officielles

Lors d'un congrès national, plusieurs résolutions sont présentées, mais... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Lors d'un congrès national, plusieurs résolutions sont présentées, mais certaines n'accèdent pas à l'étape du vote. Ainsi, lors du Congrès du Parti libéral du Canada, à Winnipeg fin mai, le cahier des résolutions proposait que le Parti « appuie les efforts déployés pour que le Canada accorde le statut de langue officielle aux langues autochtones du Canada et prévoie le financement nécessaire aux efforts consacrés à leur préservation et leur revitalisation ».

On proposait aussi d'alterner entre francophone, anglophone et autochtone pour la nomination d'un gouverneur général. Il n'y a pas eu de suite concrète, sauf une promesse de réinstaurer le programme des langues aborigènes et d'appuyer les bibliothèques dans les communautés amérindiennes.

Le 13 mai dernier, l'ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson notait, dans le Globe and Mail, que le Canada compte 60 langues autochtones regroupées dans 12 familles linguistiques. Trois de ces langues sont parlées par presque deux tiers des Premières Nations, soit le cri, l'ojibwé et l'inuktitut. 

Le Canada devrait-il alors avoir cinq langues officielles ou doit-on faire une distinction entre langues officielles et langues nationales ?

Si le français, l'anglais, le cri, l'ojibwé et l'inuktitut sont déclarées langues officielles, les traducteurs et interprètes seront légion au Parlement et au Bureau de la traduction. Toutes les lois, tous les règlements, tous les documents officiels, tous les communiqués devront être disponibles en cinq langues. Est-ce que le premier ministre et le Gouverneur général devront pouvoir aussi parler ces cinq langues ? 

Ça commence à se compliquer.

On peut simplifier la chose en déclarant que le français et l'anglais sont les langues « officielles » du Canada et que le cri, l'ojibwé, l'inuktitut, le français et l'anglais sont des langues « nationales » du Canada. Mais j'entends déjà des cris dénonçant ce système de deux poids, deux mesures. Comme on a jadis parlé de « token French », on ne tarderait pas à parler de « token Ojibwe ».

Les questions linguistiques sont rarement simples. Rappelez-vous les six rapports de la Commission Laurendeau-Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme, qui ont été publiés entre 1967 et 1970. Et n'oublions pas le premier Conseil consultatif sur les districts bilingues -- le rapport de Roger Duhamel en 1971 --, puis le second présidé par Paul Fox, publié en 1975. Tous deux ont été mis sur la tablette, car l'idée de districts bilingues était trop complexe.

J'explique souvent à des amis ou à des nouveaux arrivants que le français est la première langue officielle du Canada. Nos deux langues officielles sont égales, bien entendu, mais le français a été parlé avant l'anglais, le Régime français a précédé le Régime anglais. Si jamais nous avions cinq langues officielles, je ne pourrai plus dire que ma langue maternelle est la première langue officielle de mon pays.

La revendication de droits linguistiques exige toujours des stratégies de lobbying. Il y a peut-être lieu d'entrevoir, ici, une stratégie de partenariat. La Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada ne devrait-elle pas s'allier à l'Assemblée des Premières Nations pour promouvoir une meilleure reconnaissance du patrimoine linguistique canadien ?

L'auteur, Paul-François Sylvestre , est un écrivain basé à Toronto.

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