Éducation: pour un nouveau contrat social

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Une authentique réforme du système d'éducation doit mettre l'accent sur la réussite scolaire des élèves ou des étudiants. Une réforme scolaire n'est pas une série d'annonces sporadiques comme « on rend l'école obligatoire jusqu'à 18 ans pour contrer le décrochage scolaire » ; « on va créer la maternelle à 4 ans dans les milieux défavorisés », « on va rénover les infrastructures scolaires ». Le Québec est plutôt dû pour un nouveau contrat social en éducation qui procède à une réforme systémique prenant globalement en compte les principaux déterminants de l'école dans une société postmoderne.

La réforme doit restituer au système d'éducation le principe fondamental du Rapport Parent, soit égalité des chances qui a été compromise par deux années d'austérité du gouvernement du premier ministre Philippe Couillard. Les facteurs qui favorisent la réalisation de ce principe ont été sérieusement remis en cause par les coupures budgétaires dans les Commissions scolaires (abolition des postes de professionnels tels que psychologues orthopédagogues, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, éducateurs spécialisés, etc.) et dans certains programmes sociaux (moins de services aux familles défavorisées, etc.).

L'égalité de chances en éducation, c'est d'abord l'accessibilité au système d'enseignement à tous, sans distinction d'origine sociale, de sexe, de religion, de handicap, etc. 

Mais avoir accès à l'école est nécessaire mais non suffisant. 

On doit ensuite assurer à tous l'égalité des chances de réussite et ce tout au long du cheminement scolaire des personnes. Cela implique qu'il faut recourir à des interventions pédagogiques novatrices pour favoriser relativement la réussite des élèves. Par exemple, développer, à la lumière des nouvelles recherches, des méthodes d'apprentissage innovantes et appropriées aux différences catégories d'élèves ou d'étudiants.

Le nouveau contrat social en éducation que je préconise doit dépasser la notion de réussite scolaire définie strictement par la « note de passage » en fonction d'une matière ou de la fin d'un cycle d'étude, pour adopter le principe d'une « scolarisation minimum garantie » à chaque jeune. En effet, face à l'augmentation et à la stabilité, dans le temps, du taux de décrochage scolaire dans les pays de l'OCDE (au Québec il se situe entre 35% et 40% depuis des décennies), un courant de pensée éducatif nettement progressiste (René Haby, Christian Baudelot et Roger Establet,) propose que désormais l'école vise comme finalité l'acquisition du « SMIC culturel » par chaque jeune. Il s'agirait d'appliquer au système scolaire les mesures de protection sociale en matière de revenu instaurées immédiatement après la Deuxième Guerre mondiale et dans les années 1960. On parle respectivement du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC).

Dans les sociétés super-industrielles et démocratiques, le décrochage scolaire se présente comme l'une des premières formes sinon la première forme de l'exclusion sociale. Et la perception qu'offrent ces sociétés d'un individu en échec scolaire est celle d'un individu exclu du savoir minimum commun. C'est un individu en rupture par rapport aux connaissances nécessaires pour participer « normalement » ou « minimalement », comme citoyen, à la vie de la cité. Le SMIG ou le SMIC sont des « limites imposées à la fixation arbitraire des salaires » dans un contexte social d'inégalités des revenus. En matière d'éducation, c'est le « SMIC culturel » (connaissances dans les humanités, en sciences, technologie, les arts, compétences professionnelles et sociales, saines habitudes de vie, etc.) qui doit être imposé à l'école et garanti à chaque élève à sa sortie du système scolaire. C'est un « plancher de culture » en dessous duquel ne doit descendre aucun finissant.

La mise en oeuvre du « SMIC culturel » doit être une action intersectorielle concertée impliquant un partenariat entre les agents sociaux, les, institutions et organisations suivants : la famille, l''État, le secteur éducatif, le secteur de la santé et des affaires sociales, le milieu communautaire, le secteur privé, les centres de recherche, etc. C'est une telle approche que proposait, déjà au « SMIC cultuel ». C'est ainsi que le Québec va favoriser l'éducation de la personne. Et l'on sait que la personne éduquée, la société éduquée, c'est la liberté. Et la liberté, c'est la réalisation de soi, de l'autre et de tous. Si l'on me disait qu'il s'agit d'une utopie je répondrais oui, mais dans le sens d'un idéal que l'on cherche sans cesse à réaliser.

L'auteur, Yao Assogba, est sociologue et professeur émérite de l'Université du Québec en Outaouais.

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