De la richesse dans les vidanges

L'environnement est-il une dépense ou un revenu pour nos sociétés? (Erick Labbé, Archives Le Soleil)

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Erick Labbé, Archives Le Soleil

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Point de vue
Le Droit

L'environnement est-il une dépense ou un revenu pour nos sociétés?

Pour certains, il va de soi que la protection de l'environnement doit se trouver dans la colonne des dépenses. Or, la communauté scientifique a su démontrer les bénéfices de l'environnement autant d'un point de vue économique que social par ce qu'on appelle aujourd'hui les «services écosystémiques».

Plusieurs institutions et acteurs économiques intègrent progressivement ce concept à leurs activités. La preuve: le fédéral songe à intégrer ce concept dans les critères de financement en infrastructure.

Ainsi, au-delà de la portée récréative et du bien-être que procurent les espaces verts, la conservation d'un milieu humide représente également un système naturel de filtration et de rétention des eaux. En ville, un arbre mature présente une capacité d'évapotranspiration de 450 litres d'eau, refroidissant autant que cinq climatiseurs fonctionnant 20 heures par jour! Par la modération des extrêmes climatiques, une forêt urbaine faciliterait grandement l'adaptation des villes face à l'évolution du climat. 

À l'ère du développement durable, cette question de valorisation des ressources existantes apparaît plus qu'intéressante, entre autres, pour ce qui concerne la gestion des matières résiduelles. Cette orientation remet ultimement en cause les processus de production et de consommation des sociétés.

Au regard de notre consommation et d'une demande toujours grandissante, la production globale de déchets tend vers une augmentation constante. Or, plutôt que d'être redirigées vers le site d'enfouissement, ces derniers pourraient encore servir à d'autres usages. 

À titre d'exemple, lorsque valorisé et non enfoui, le bardeau de toiture issu du secteur de la construction devient un additif pour la fabrication d'asphalte. De la même façon, le bois d'ingénierie qui est issu de résidus de bois est de plus en plus utilisé pour les nouvelles constructions. Cette réutilisation représente un gain économique important par une diminution du volume de déchets destinés au dépotoir, la réduction d'achat de matériaux neuf et la création d'emplois et d'une expertise locale. La transformation des résidus de gypse en engrais destiné au milieu agricole représente un autre exemple intéressant.

Pour le moment, cette richesse n'est pas valorisée dans la région. Nous nous devons de déterminer ces gisements, les mettre en commun et évaluer la possibilité de transformer ces matières localement. Concrètement, les instances municipales pourraient prévoir l'ajout du Verrox dans les appels d'offres dans les projets de construction municipaux. Le Verrox est un ajout au ciment, produit à l'usine Tri-Centris de Lachute à partir du verre recueilli dans la collecte municipale. Ce produit favorise la création d'emplois locaux et son utilisation réduit la production des gaz à effet de serre si on le compare aux autres formes de béton.

Au sein de la région de la capitale nationale, le bassin de population de 1 300 000 habitants offre un potentiel important de développement de marché dans le domaine de la transformation des déchets. Le calcul est avantageux, les gains économiques et environnementaux dans ce secteur peuvent être rapides.

Tout semble être une question de perception, le concept de déchets est un état d'esprit. Ce qui est considéré comme un déchet par certains devient une ressource pour d'autres dont les usages et les applications sont infinis! Au CREDDO, nous croyons à ce potentiel!

L'auteur, Benoit Delage, est directeur du Conseil régional en environnement et développement durable de l'Outaouais (CREDDO).

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