Confusion sur le salaire des médecins en Ontario

Les propos provocateurs formulés récemment par le ministre... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Les propos provocateurs formulés récemment par le ministre de la Santé de l'Ontario, le Dr Eric Hoskins (à droite), sont particulièrement injustes, souligne l'auteur.

Etienne Ranger, LeDroit

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Point de vue
Le Droit

Le système de soins de santé canadien traverse une période difficile alors que les hôpitaux et les médecins doivent composer avec un manque de ressources. Les propos provocateurs formulés récemment par le ministre de la Santé de l'Ontario, le Dr Eric Hoskins, sont particulièrement injustes et prêtent à confusion.

Il fait état des revenus bruts des médecins facturant l'assurance-maladie de l'Ontario qui se classent dans la tranche supérieure des 2%.

L'ophtalmologiste qui facture prétendument 6,6 millions $ constituait en fait un groupe de 14 chirurgiens oculaires qui ont eu recours à un numéro de facturation unique. D'autres groupes semblables peuvent se retrouver dans les données du Dr Hoskins. Certains médecins ont des frais généraux de pratique très élevés. Certains travaillent de longues heures pour servir leurs patients, comme dans une petite ville où les médecins spécialistes sont peu nombreux. 

En février 2015, l'Ontario a réduit le budget de presque 7% pour les services des médecins. Certaines spécialistes ont perdu 30% de leurs honoraires pour les visites de suivi pour traiter quelque 30 «maladies chroniques», dont le diabète, l'insuffisance cardiaque congestive et la démence. Les honoraires supérieurs permettaient d'obtenir des antécédents médicaux plus détaillés et un examen physique, une discussion sur les restrictions alimentaires, les effets secondaires potentiels de médicaments et les interactions. Le Dr Hoskins semble ignorer l'impact de ces compressions budgétaires sur les soins aux patients.

En Ontario, les budgets pour les hôpitaux ont été gelés pour quatre ans. Les hôpitaux ont fermé des lits et ont réduit le temps non urgent des salles d'opération. Par conséquent, du personnel infirmier a été mis à pied, les chirurgiens demeurent sous-employés et les listes d'attente se sont allongées. 

Les médecins ont très peu d'emprise sur les augmentations de l'utilisation de l'assurance-maladie de l'Ontario, qui résulte d'une population vieillissante et plus malade et de nouvelles technologies.

Le Dr Hoskins a tort d'affirmer que les médecins ontariens sont les mieux payés au Canada. Selon le Medical Post (16 février 2016), ils se classaient au neuvième rang sur neuf provinces (excluant l'Île-du-Prince-Édouard).  

Les médecins ne peuvent déclencher une grève. Nous sommes liés par les règlements de notre profession et notre code d'éthique et devons fournir les soins aux patients lorsqu'ils en ont besoin.

En octobre dernier, l'Association médicale de l'Ontario (AMO) a lancé une contestation sur la Charte pour avoir le droit à l'arbitrage exécutoire, mais le processus peut prendre plusieurs années. D'autres travailleurs des services essentiels, comme les policiers et les pompiers, ont droit à ce mécanisme de résolution des différends; pourquoi le Dr Hoskins s'entête-t-il à le refuser aux médecins? Ils nécessitent également un processus de négociation juste, stable et complet. 

Le traitement injuste des médecins s'est également produit au Québec (avec les lois 10 et 20, par exemple) et en Alberta.

L'Association médicale canadienne a reconnu ces problèmes et d'autres cas similaires en Nouvelle-Écosse. La présidente de l'association, la Dre Cindy Forbes, a d'ailleurs déclaré dans une lettre à la ministre fédérale de la Santé, la Dre Jane Philpott, qu'«il est totalement inacceptable que des médecins puissent être laissés à eux-mêmes lorsque les gouvernements ne parviennent pas à un accord avec leur association médicale provinciale ou territoriale. C'est un enjeu d'équité fondamentale».

Il est temps qu'Ottawa s'implique. La Dre Philpott devrait promettre de modifier la Loi canadienne sur la santé afin de mandater l'arbitration exécutoire lorsque les négociations achoppent, comme ce fut le cas en Ontario. Les patients de l'Outaouais ont souvent recours aux services de soins de santé offerts à Ottawa et ces enjeux les concernent aussi. 

Une telle mesure assurerait une équité aux médecins à travers le Canada, améliorerait l'accès des patients aux soins de santé et validerait de façon concrète l'engagement libéral précédent de «leadership fédéral collaboratif».

L'auteur, Charles S. Shaver, est un médecin pratiquant à Ottawa.

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