Le mandat rétréci des CJE

Le Québec sort perdant lorsqu'on réduit le rôle... (Archives La Presse)

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Le Québec sort perdant lorsqu'on réduit le rôle des CJE à celui d'«ambulanciers» en employabilité, soulignent les auteurs de ce texte.

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Point de vue
Le Droit

Fin 2014, une trentaine de professeurs chercheurs de 10 centres de recherches et de huit universités québécoises remettaient en question la politique sociale du gouvernement du Québec sous l'angle de la mise en péril de la cohabitation active des pouvoirs publics avec les communautés locales. Le cas des carrefours jeunesse emploi (CJE) illustrait leur propos.

Qu'en est-il aujourd'hui à la suite de l'entente-cadre entre le ministère du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale et le Réseau des Carrefours jeunesse-emploi du Québec signée en fin avril?

Un regard rétrospectif indique que les CJE ont échappé à la grande saignée financière, mais l'atteinte s'est faite plus subtile en visant le coeur de la mission de base des CJE. 

Les CJE ont historiquement réussi à développer des moyens de guider les jeunes de 16 à 35 ans dans des démarches d'insertion sociale et économique grâce à des programmes propres à stimuler un retour aux études, grâce à des interventions de formation et de renforcement en vue de l'insertion en emploi, grâce à la sensibilisation à l'entrepreneuriat, en tentant compte du contexte régional de chacun. 

Un corridor trop étroit

Les CJE comme organisations n'ont pas péri dans cette première vague de mesures ciblant l'ensemble du secteur communautaire. De l'argent, il y en a encore pour les CJE, mais il doit être utilisé dans un corridor d'intervention étroit où seuls les jeunes assistés sociaux ou sans emploi peuvent s'engager.

Une façon de faire qui génère un goulot d'étranglement filtrant les initiatives de prévention du décrochage socio-économique des jeunes et de stimulation de l'entrepreneuriat. 

Le corridor d'intervention exigé par le gouvernement et son modèle d'achat de services pour les CJE est trop étroit pour accueillir les jeunes immigrants en appétit d'insertion socioprofessionnelle, trop étroit pour recevoir les jeunes en situation de décrochage scolaire ou psychologiquement fragilisés, trop étroit pour guider des jeunes venus des régions à la recherche d'outils favorisant leur intégration en milieu urbain, trop étroit pour stimuler les jeunes manifestant un potentiel d'entrepreneurs. 

Le diktat de refuser ces jeunes n'est pas officiel dans le langage de l'État, mais les fonds publics n'y sont plus. 

Patrimoine fragilisé

Le patrimoine communautaire du Québec a été fragilisé dans son essence. L'autonomie du secteur communautaire s'était pourtant construite en cohabitation négociée avec l'État, une autonomie forte des années de démonstration de son apport en services de proximité de qualité au Québec.

Les CJE n'y ont pas échappé et leur autonomie a été sérieusement amputée, notamment en rétrécissant leur marge de manoeuvre pour développer des initiatives qui tiennent compte des caractéristiques démographiques, économiques et sociales propres à chaque région. 

Depuis l'arrivée des politiques de gestion comptable initiées par le gouvernement libéral, il semble que les CJE aient été convoqués à marcher au pas comme fournisseurs de services télécommandés par l'État.

Le regard plus large de chercheurs en sciences sociales indique que le Québec est perdant en réduisant le rôle des CJE à celui d'«ambulanciers» en employabilité auprès de jeunes déjà atteints et qu'il serait gagnant à miser encore sur des CJE développeurs auprès des jeunes. Ce serait enrichir le Québec dans sa diversité et son potentiel de créativité socio-économique.

À notre avis, la discussion entre les parties prenantes doit reprendre. À défaut de quoi le recul sera marqué, d'ici quelques années.

Les auteurs, les professeurs émérites Yao Assogba, Louis Favreau et Lucie Fréchette, sont membres de l'équipe scientifique de la Chaire en développement des collectivités de l'Université du Québec en Outaouais.

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