Le PQ sur la voie de la modération

Les chiffres indiquaient que Pierre Karl Péladeau était... (Martin Chamberland, La Presse)

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Les chiffres indiquaient que Pierre Karl Péladeau était la personne la mieux placée pour replacer le Parti Québécois au coeur de la politique québécoise. Or, les militants d'aujourd'hui font face à l'échec.

Martin Chamberland, La Presse

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Point de vue
Le Droit

Le départ de Pierre Karl Péladeau à la tête du Parti Québécois est lourd de sens pour l'avenir de la formation politique. Il est nécessaire de rappeler ce que représentait l'homme politique afin d'entrevoir les différentes voies que pourrait prendre le PQ.

Premièrement, il s'agissait bel et bien de la candidature de la «dernière chance» pour les fervents souverainistes. Lors de la course à la chefferie, PKP incarnait le mieux l'urgence de faire un pays alors que, par exemple, Bernard Drainville proposait ouvertement de ne pas tenir de référendum lors d'un premier mandat d'un gouvernement péquiste. Plusieurs militants ont donc pris le pari d'accepter quelques aspects moins populaires de l'homme politique - notamment ses anciennes positions antisyndicales - en échange d'un espoir incertain qui les conduirait vers la construction d'un Québec indépendant. 

Deuxièmement, Péladeau était la candidature pour le poste de chef du Parti Québécois qui était la seule à propulser son parti devant les libéraux. Par moments, le PQ obtenait 37% à 40% avec l'hypothèse de l'homme d'affaires à sa tête, minant les libéraux à 30 ou 32%. Toutes les autres candidatures n'attiraient pas suffisamment de nouveaux sympathisants pour passer devant le Parti libéral. De plus, à la traditionnelle question «qui ferait le meilleur premier ministre du Québec?», PKP était le seul qui pouvait devancer Philippe Couillard et François Legault. 

Et malgré tout...

Avec tous ces signes qui faisaient de Pierre Karl Péladeau le «sauveur» tout indiqué, un constat d'échec politique s'impose. Évidemment, l'ancien chef a eu quelques bons moments, le dernier étant certainement l'éclatante victoire à l'élection partielle de Chicoutimi. Mais somme toute, il n'a jamais construit une coalition d'électeurs qui lui aurait permis de devancer les libéraux de manière durable. 

D'une part, PKP n'a pas séduit les électeurs de la Coalition avenir Québec. Selon le dernier sondage, il n'y avait aucune différence statistique entre le score du PQ et de la CAQ. Autrement dit, il a encaissé les accusations de la gauche québécoise sans même obtenir de nouveaux appuis à sa droite. D'autre part, il n'a pas su rallier davantage de souverainistes sous l'égide du Parti Québécois. Au contraire, Québec solidaire continue de croître avec un score qui s'élève à plus de 10% (14% lors du dernier coup de sonde). 

Les chiffres indiquaient que Pierre Karl Péladeau était la personne la mieux placée pour replacer le Parti Québécois au coeur de la politique québécoise. Or, les militants d'aujourd'hui font face à l'échec. De ces constats, deux avenues potentielles se présentent devant le parti. La première consiste à se concentrer à devenir une alternative aux libéraux, et pour se faire, cacher sous le tapis l'idée d'un référendum. Or, c'est précisément l'option que la CAQ occupe dans l'espace politique. Des rapprochements entre le PQ et la CAQ seraient-ils possibles? Ce n'est pas à écarter. La deuxième avenue consiste à élargir la convergence souverainiste. Pour cela, le PQ devra reléguer au second plan son idéal d'indépendance et développer une feuille de route bien à gauche.

Dans tous les cas, l'accent ne devra plus être mis sur la souveraineté du Québec. La dernière carte sur ce thème a été jouée, et aujourd'hui, nous savons qu'elle n'est pas gagnante. 

L'auteur, Jean-François Daoust, est doctorant en science politique à l'Université de Montréal.

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