Hauts et bas de l'énergie au Québec

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OPINION/ Bien heureuse la personne qui pourrait prédire l'avenir énergétique du pays. L'enjeu de cet oléoduc Énergie Est n'est pas le premier projet «vital» pour l'économie qui ait fait la manchette et qui doive être étudié devant le Bureau d'audiences publiques. Au Québec seulement, plusieurs amorces de projet ont été âprement disputées depuis un peu plus d'une dizaine d'années.

Petit rappel: à l'hiver 2004, Québec a mis sur la table le projet du Suroît en invoquant principalement la sécurité énergétique. En réponse à une vive opposition, et aux pluies abondantes de l'été 2004 qui avaient rempli les réservoirs des grands barrages du nord, le projet du Suroît a été remisé. En réponse à ce malheureux épisode, Québec s'est lancé dans des projets tels que le complexe La Romaine et le financement de l'expansion de l'industrie éolienne.

Dans ces mêmes années, la théorie du «pic pétrolier» était débattue par plusieurs analyses sérieuses. Cette théorie prédisait la fin prochaine des ressources pétrolières et un baril à 200 $. 

Comment oublier le projet de port méthanier de Rabaska en 2007? À l'époque, la demande en gaz naturel était à la hausse et l'Amérique était dépendante des marchés extérieurs. On disait alors que notre sécurité énergétique et notre développement économique étaient en jeu. Dix ports méthaniers, dont le controversé Rabaska à Québec, étaient sur la planche à dessin pour permettre l'importation du gaz naturel. Puis est survenue la révolution des gaz de schiste. En quelques années seulement, grâce à l'effet combiné d'une percée technologique pour extirper le gaz et le pétrole de schiste, de la déréglementation du «Clean Water Act» aux États-Unis et du prix élevé de la ressource, l'Amérique du Nord s'est retrouvée en surplus de gaz naturel et les prix se sont effondrés. Idem pour le pétrole. 

En 2012, le gouvernement dit irrémédiablement non à la filière nucléaire et ferme la centrale nucléaire de Gentilly.

Plus frais à notre mémoire, le fiasco entourant l'exploration pétrolière d'Anticosti. Après avoir investi 115 millions $ dans l'aventure, Québec annonce son intention de retirer ses billes puisque le projet ne tient pas la route sur le plan économique.

La semaine passée, Québec a déposé sa nouvelle politique énergétique 2015-2030. Après avoir soutenu le développement de la filière éolienne appuyé sur des données d'Hydro-Québec qui se sont révélées inexactes, Québec en a ralenti le rythme même si le coût de l'énergie éolienne est moins coûteux que l'hydroélectrique!

Vous êtes étourdis par tous ces revirements? C'est normal. Maintenant, multipliez par 10 provinces, ajouter une bonne dose de lobbyistes des énergies fossiles et le résultat donne mal au coeur. 

Une chose est sûre. Le secteur des énergies renouvelables est sur une courbe de croissance exponentielle. Solaires ou éoliens, les coûts de production sont en chute libre. Il y a quelques mois, NV Energy, propriété de Warren Buffett, vient de conclure un contrat d'achat d'énergie solaire à 3.87 ¢/kWh. En comparaison, une nouvelle centrale au gaz naturel produit à 6.6 ¢/kWh 

On présenter le projet d'oléoduc Énergie Est comme indispensable pour l'unité du pays et la pérennité de l'économie. La question à poser est: combien de temps ce pipeline sera-t-il en fonction et qui s'assurera de son démantèlement? Pourquoi investir dans une énergie d'une autre époque quand la planète lui tourne le dos?

L'auteur, Benoît Delage, est directeur général du Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais.

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