En marge du registre des armes

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Le Droit

Seattle et Vancouver sont distantes l'une de l'autre d'à peine 200 km. Ces deux villes sont comparables par la taille, le taux de chômage et l'activité économique. Pourtant, on dénombre sept fois plus d'homicides par armes à feu à Seattle qu'à Vancouver, et cinq fois plus de blessures occasionnées par des armes. Comment expliquer cet écart?

De ce côté-ci de la frontière, nous avons choisi de confier à l'État la mission de nous protéger. Nous comptons sur nos corps policiers pour faire régner l'ordre et assurer notre sécurité.

Les Américains, qui s'abreuvent aux raisonnements de la National Rifle Association (NRA) - 4 500 000 membres -, ont la conviction que c'est à chaque citoyen d'assurer sa protection et celle de la société.

Le Canadien souhaite un État fort, l'Américain le moins d'État possible. Faut-il s'étonner qu'il y ait aux États-Unis 300 millions d'armes en circulation, quasiment une par citoyen?

Mais il y a plus. Moyen de défense à l'époque de l'Indépendance, l'arme à feu a acquis une valeur de symbole: d'abord, symbole de l'Indépendance américaine, puis, plus récemment, symbole de la citoyenneté américaine. Je possède une arme, donc je suis libre et un vrai Américain. «Gun is American!»

Libre, mais pour quoi faire? Chasser et participer à des compétitions de tir. Tuer des êtres humains aussi. Tous les jours, on dénombre en moyenne 90 morts par armes à feu aux États-Unis, soit plus de 30 000 par année. C'est autant que la population d'Alma, du Yukon ou du Nunavut.

Ces tueries ne se produisent pas avec la même fréquence dans les autres pays développés. On ne le répétera jamais assez: porter une arme favorise son utilisation. Trop souvent, on tue sans discernement des innocents, des inconnus, des écoliers même. Les terroristes radicalisés n'agissent pas différemment. 

Selon Statistique Canada, il y a eu au Canada en 2015, 131 homicides commis à l'aide d'une arme à feu. Nos voisins atteignent ce chiffre en une journée et demie. Le rapport aux armes est modulé par la culture, où triomphe l'individualisme. 

Dans sa logique particulière, la NRA prétend que tout individu doit s'armer, car les services policiers ne font pas leur travail. Elle répète aussi que plus une arme est visible, plus elle est dissuasive. L'arme comme mode de vie.

Véritable État dans l'État, la NRA a su rallier à sa cause des vedettes de cinéma. Ces stars mettent leur notoriété au service d'une industrie, dont le chiffre d'affaires atteint aujourd'hui 8 milliards $. L'annonce récente d'une éventuelle réglementation des armes a entraîné une hausse de 25% des ventes aux particuliers.

Le président Barack Obama a les mains liées, les démocrates étant minoritaires au Congrès. Pour agir, il lui faut procéder par décret pour contrôler les vendeurs d'armes, vérifier les antécédents psychiatriques des acheteurs et réglementer le commerce d'armes en ligne. Mais son décret pourrait bien n'être qu'un feu de paille. Les républicains, sous influence du lobby des armes, ont juré de le révoquer s'ils prennent le pouvoir. 

Quand un organisme aussi puissant que la NRA exerce une telle influence sur le pouvoir législatif, il faut y voir une grave atteinte à la démocratie. Combien d'Américains en sont vraiment conscients? Ces considérations devraient faire réfléchir les opposants au Registre québécois des armes à feu.

L'auteur, Jean Delisle, est professeur émérite à l'Université d'Ottawa.

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