Après l'agression derrière le Gîte Ami

L'agression de la jeune fille de 16 ans... (Étienne Ranger, Archives LeDroit)

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L'agression de la jeune fille de 16 ans survenue la semaine dernière sur la piste cyclable située derrière le Gîte Ami, à Gatineau, est un événement dramatique, malheureux et inacceptable, soulignent les auteurs.

Étienne Ranger, Archives LeDroit

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Point de vue
Le Droit

L'agression de la jeune fille de 16 ans survenue la semaine dernière sur la piste cyclable située derrière le Gîte Ami, à Gatineau, est un événement dramatique, malheureux et inacceptable. Nous sommes soulagés et heureux de savoir la victime hors de danger. Cependant, une fois le choc passé, nous pensons qu'il est important d'analyser notre réaction collective suite à cet événement.

Dès le lendemain, le terrain de camping improvisé fut démantelé. Dans les jours qui ont suivi, de nouvelles accusations ont été déposées presque quotidiennement contre l'agresseur. Bien sûr l'encadrement légal est inévitable et justifié, mais le nombre et la lourdeur des accusations sont-elles de véritables mesures de prévention? 

La direction de la Commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais a applaudi la disparition du camping, tout en mentionnant un enjeu de sécurité pour les étudiants de l'école secondaire de l'Île, en raison de la présence du Gîte Ami, de la Soupe populaire et des autres organismes d'entraide présentes dans le secteur.

Faut-il y comprendre que les personnes vivant des situations de pauvreté sont plus enclines à commettre des agressions? Trop de propos que reprennent hélas les médias et qui ne font qu'encourager les préjugés envers les personnes itinérantes. Est-ce vraiment nécessaire de souligner en gros titre à la une qu'un itinérant a agressé une jeune adolescente? Cette façon d'aborder la situation dramatique nourrit la croyance que les personnes itinérantes sont forcément dangereuses. Est-ce une véritable mesure de prévention?

Nous pensons que les discours et les mesures adoptées amènent un faux sentiment de sécurité chez la population et n'améliorent en rien la situation complexe et inacceptable que cette agression dévoile. Est-ce que le fait de déplacer et de cacher les itinérants change quelque chose? Est-ce que le fait d'incarcérer l'agresseur pour de nombreuses années va transformer la réalité?

Ne devrions-nous pas plutôt saisir l'occasion pour prendre conscience, collectivement, de la gravité de la problématique et trouver ensemble des façons d'y faire face, de la comprendre et d'agir pour assurer une véritable sécurité de tous, y compris celle des personnes vivant dans la rue dans des conditions de pauvreté extrême?

Car, rendons-nous à l'évidence, l'itinérance peut toucher n'importe qui, n'importe quand.

Les histoires des personnes qui fréquentent les gîtes et les banques alimentaires ne sont plus les mêmes depuis 20 ans. Il suffit souvent d'un événement déclencheur (perte d'emploi, divorce, deuil, maladie physique ou mentale, etc.) pour se retrouver dans des conditions financières extrêmement précaires. Et cela même à Gatineau, à l'ombre des tours à bureaux de nos gouvernements.

La lutte contre l'itinérance est un choix collectif et politique. Mais encore faut-il que les décisions politiques concrètes permettent d'agir dans le même sens. C'est toujours plus facile de pointer les individus en faute pour expliquer la criminalité et l'insécurité. Ça soulage sur le coup, mais pas pour longtemps. Le problème de l'itinérance ne peut être séparé de celui des inégalités sociales et des décisions structurelles qui les entretiennent.

Les auteurs, Marguerite Soulière et Martin Chartrand, sont respectivement anthropologue à l'école de service social de l'Université d'Ottawa et chargé de cours au programme de technique en travail social au Collège Nouvelles-Frontières.

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