Appui au professeur Le Blanc

Le professeur Charles Le Blanc... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Le professeur Charles Le Blanc

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Je tiens à féliciter le professeur Charles Le Blanc, de l'Université d'Ottawa, pour le courage et l'honnêteté dont il fait preuve dans l'affligeante affaire de l'outil de traduction automatique qui devrait bientôt être accessible à tous les fonctionnaires fédéraux. Dans un contexte où les décideurs gouvernementaux et universitaires semblent confondre collaboration et complaisance, il n'a pas craint de critiquer la mise en oeuvre prématurée d'un instrument imparfait qui ne fera qu'accélérer le dépérissement du français au sein d'une fonction publique de moins en moins bilingue.

C'est à juste titre que M. Le Blanc réclame la démission de Mme Donna Achimov. Je suis sidérée que la PDG du Bureau de la traduction participe si activement au véritable jeu de massacre dont est victime son organisme, pourtant si essentiel au respect de la dualité linguistique canadienne, et donc à la survie même du français en tant que langue de communication à part entière. Faut-il rappeler que la très grande majorité des textes gouvernementaux, internes et externes, sont rédigés, modifiés et approuvés en anglais avant d'être enfin traduits en français par des langagiers travaillant invariablement contre la montre? Et voilà qu'on ouvre la porte à leur disparition progressive au profit d'une machine à traduire dont la performance laisse grandement à désirer.

Que Mme Luise Von Flotow, la directrice de l'École de traduction et d'interprétation de l'Université d'Ottawa, se fasse la complice de Mme Achimov en se désolidarisant d'un professeur de la compétence de M. Le Blanc me choque profondément.

Au cours de mes trente-trois années dans l'administration fédérale, j'ai dû lutter chaque jour pour préserver la présence et la qualité de ma langue maternelle. Je l'ai fait à titre de professeure de français, de rédactrice-réviseure, de gestionnaire de publications et de contrats de traduction, et enfin de créatrice de sites web. (Ironie du sort, certains de ces sites avaient pour mission de promouvoir la dualité linguistique au Canada.)

Dans la plupart de mes postes, en sus de mes fonctions principales, j'ai fait bénéficier mon employeur de mes compétences de traductrice agréée, en rédigeant et en traduisant des textes de tout genre dans les deux langues officielles. Chose curieuse, j'ai très souvent constaté à quel point ces compétences étaient tenues pour acquises, sauf par mes confrères et consoeurs du Bureau de la traduction, avec lesquels j'entretenais des rapports étroits et fructueux. Il faut dire que les réalisations novatrices du BT, dont le merveilleux portail TERMIUM Plus, faisaient l'envie de nos homologues étrangers et nous permettaient d'entrevoir, malgré l'explosion de la demande due à l'arrivée de la Toile, une constante amélioration de la qualité des textes produits dans l'administration fédérale. À l'époque, j'ai même eu le plaisir d'en féliciter M. Donald Barabé, ancien vice-président du Bureau de la traduction, lequel s'oppose d'ailleurs à l'usage actuellement prévu de l'outil de traduction automatique.

Les nouvelles technologies performantes comme les moteurs de recherche, les bases de données et les mémoires de traduction semblaient justifier une telle confiance. Hélas, une inexorable succession de décisions administratives et budgétaires à forte teneur idéologique ont clairement démontré que le véritable objectif de nos dirigeants était avant tout de réduire les coûts. À tout prix et sans égard aux conséquences désastreuses sur la qualité de la langue dans les communications internes et externes de la fonction publique ainsi que sur la qualité de vie des employés fédéraux. J'ai entendu plusieurs DG rêver tout haut d'une « machine à traduire » instantanée qui éliminerait à tout jamais le besoin de recourir aux traducteurs, réviseurs et compagnie! 

De grâce, que le nouveau gouvernement fédéral se réveille et qu'il rectifie le tir avant qu'il ne soit trop tard! Qu'il n'accélère pas le déclin, déjà si bien amorcé, de la langue et de la culture françaises au Canada. Qu'il ne tente pas de museler, directement ou indirectement, les universitaires qui exercent à bon escient leur liberté d'expression. Et qu'il agisse de manière décisive afin que les droits des fonctionnaires fédéraux francophones ne soient pas encore plus bafoués qu'ils ne le sont déjà.

L'auteure, Anne-Marie Demers, est traductrice et fonctionnaire fédérale à la retraite.

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