Prenons nos responsabilités

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Le croissant Jasmine, dans l'est d'Ottawa, a été le théâtre de trois homicides en l'espace de 11 mois.

Etienne Ranger, archives LeDroit

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Trois homicides en moins d'un an. C'est la triste réalité du croissant Jasmine. Et c'est assez pour que le chef du service de police d'Ottawa fasse une sortie publique, faisant appel à la communauté et au renforcement de la cohésion sociale.

La concentration spatiale des événements, sur une rue d'à peine deux kilomètres, a de quoi faire réfléchir. La criminalité, et particulièrement la criminalité «de rue» (violence, intimidation, drogue, vols...) est fortement concentrée dans un nombre limité de «points chauds». Ces derniers ont attiré l'attention non seulement des policiers, mais aussi d'une large communauté scientifique. Plusieurs hypothèses sont proposées quant aux conditions qui font émerger cette criminalité. Il est suggéré, entre autres, que des considérations environnementales entrent en jeu (éclairage, délabrement, déchets). 

La culture locale, celle de la pauvreté, du cynisme et de l'incivilité, est aussi parfois pointée du doigt. L'esprit du Code criminel ne concorde pas toujours avec celui du code de la rue. Quand les jeunes ne côtoient pas les modèles conventionnels de réussite (diplômés, salariés, entrepreneurs à succès...), ils ne voient pas le travail et le respect d'autrui comme des valeurs positives. Ils vivent au jour le jour et sont moins portés à développer des projets de vie inspirants.

La communauté locale peut se mobiliser et s'efforcer de changer les perceptions, les valeurs et les aspirations de ses jeunes. Ces efforts sont importants et doivent être soutenus. Je crois toutefois que le problème a des racines bien plus profondes et que les solutions doivent aussi être plus globales. Elles ne doivent surtout pas se limiter aux efforts des communautés locales et des organismes sans buts lucratifs. Ces acteurs ont peu de moyens. Les organismes se voient réduire leurs ressources déjà insuffisantes. Les communautés gravement touchées par la criminalité manquent elles aussi de ressources. Leurs membres sont généralement nettement plus pauvres, moins éduqués et moins intégrés dans le marché du travail et la société «civile».

Les efforts doivent inclure toute la société. Ils touchent aussi les citoyens qui préfèrent éviter ces quartiers, par dédain, par indifférence ou par peur. La situation actuelle s'explique en grande partie par la capacité qu'ont certains à se rassembler avec ceux qui leur ressemblent, laissant les problèmes à ceux qui ne peuvent y échapper. Ils réduisent ainsi leurs contacts avec les problèmes, les oublient et, sans trop s'en rendre compte, s'en déresponsabilisent. Le glissement vers les préjugés, l'incompréhension et la discrimination est alors facile. Ils privent aussi les jeunes défavorisés de contacts avec des modèles positifs, qui peuvent et savent profiter des bienfaits des normes, des codes et des ressources de la société «civile».

Les causes de la criminalité et de l'exclusion sociale sont nombreuses et complexes. Mais il est clair que la responsabilité n'est pas que locale, au contraire. La responsabilité est globale. Il est lâche et hypocrite de laisser entendre que les communautés défavorisées et les organismes communautaires sont les seuls à devoir confronter ces problèmes. Nous sommes tous responsables, nous sommes tous concernés, nous pouvons tous contribuer. Il faut d'abord le reconnaître. Et si on ne s'implique pas directement, il faut, minimalement, supporter convenablement les organismes et les communautés qui le font.

L'auteur, Mathieu Charron, est géographe et professeur au département des sciences sociales de l'UQO.

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