Donna Achimov doit démissionner

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J'apprenais avec consternation que la présidente directrice générale du Bureau de la traduction, Donna Achimov, a l'intention d'aller de l'avant avec le désormais célèbre outil de traduction automatisée qui sera aussi utile pour la bonne communication entre fonctionnaires que peut l'être, pour un boucher, un couteau sans lame auquel manque le manche.

Mme Achimov entend gérer le BT «comme une entreprise privée» afin d'en resserrer les coûts de gestion, euphémisme d'administrateur qui signifie généralement congédier les employés et s'attaquer aux conditions de travail de ceux qui restent («Le Bureau de la traduction ne recule pas», LeDroit, 8 mars).

Ces deux objectifs ressortent d'une fausse prémisse. On ne traduit pas au Canada dans une optique économique. On le fait parce qu'il y a une loi. Au Canada, traduire et, dans une certaine mesure aussi, parler français sont des actes politiques. Si Mme Achimov veut vraiment faire des économies, alors qu'elle ferme le Bureau. Cette saignée constante des services de traduction, leur avilissement, prouve assez que le remède n'est pas économique, mais essentiellement politique. Car ce à quoi nous assistons est la démonstration que le français est langue officielle, mais que l'anglais est, lui, langue «nationale». Le peu d'intérêt que portent d'ailleurs nos compatriotes anglophones pour le sort du Bureau de la traduction l'illustre assez bien.

La traduction n'a rien à voir avec le bilinguisme. On ne traduit pas pour les gens bilingues, mais pour des unilingues. En ce sens, la traduction devrait surtout être une affaire touchant les anglophones. Or, au Canada, la traduction se fait à plus de 80% vers le français, soit de la langue «nationale» vers la langue officielle. Cette asymétrie témoigne avec éloquence de la place réelle du français au pays. On conçoit en anglais et on traduit en français. Mais la traduction n'est pas un service qui se présente comme les autres services de l'État. En fait, ce n'est pas un service du tout, c'est quelque chose qui met le citoyen en état de recevoir adéquatement les services du gouvernement. Elle permet aux citoyens d'exercer pleinement leurs droits civiques.

Mais ce que je trouve le plus désespérant dans l'approche de Mme Achimov, c'est l'impression qu'elle semble avoir que la traduction est une activité où l'on remplace un mot par un autre («la terminologie de la fonction publique») une affaire de bilinguisme du genre «Bonne fête du Canada Day», d'où sa défense jovialiste de l'outil de traduction automatisée et son incapacité à comprendre l'irréparable perte d'expertise qui découle des sabordements du Bureau de la traduction. La traduction n'est pas une question de bilinguisme, mais de langues. On ne peut prétendre administrer l'un des plus gros services de traduction au monde sans savoir distinguer les deux.

L'auteur, Charles Le Blanc, est professeur à l'École de traduction et d'interprétation, de l'Université d'Ottawa.

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