De la cuisine à la chancellerie

Plusieurs femmes éminentes ont occupé depuis 1966 le... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Plusieurs femmes éminentes ont occupé depuis 1966 le poste prestigieux de chancelier, dont Michaëlle Jean.

Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Il y a 100 ans, on ne compte pas encore d'étudiantes à l'Université d'Ottawa, puisque l'institution oblate n'accueille que des jeunes hommes. Certes, il y a bien quelques femmes au sein de l'institution, mais ce sont des religieuses reléguées à des tâches domestiques. Les choses changent en 1922 lorsque quatre religieuses reçoivent un diplôme universitaire. Elles ne fréquentent toutefois pas le campus, mais des collèges affiliés dirigés par des communautés religieuses.

Il faut attendre en 1923 avec la création de l'École de pédagogie, qui devient en 1927 l'École normale de l'Université d'Ottawa, de l'École des gardes-malades en 1933 et l'École des sciences domestiques en 1956, pour voir des étudiantes en plus grand nombre.

En 1929, Bernadette Tarte et Rita Roy deviennent les deux premières laïques à recevoir un baccalauréat ès Arts. Quatre ans plus tard, soeur Joseph-Arthur (Claire Laramée) et Thérèse Archambault sont les premières à recevoir un doctorat (...)

L'administration s'avère consciente du déséquilibre entre les hommes et les femmes après la Seconde Guerre mondiale. On embauche à la fin des années 1950, Éveline LeBlanc comme «recrutatrice» des étudiantes. Cette dernière vise à augmenter la clientèle féminine, mais dans les secteurs traditionnels. Cela dit, on parvient à augmenter le pourcentage d'étudiantes à 20% lors de la restructuration de 1965. Un pavillon porte son nom, mais c'est l'un des rares bâtiments qui rappelle la présence des femmes sur le campus (...)

Le personnel

Avant la Seconde Guerre mondiale, les femmes ne font pas de travail de secrétariat. Il est alors mal vu qu'une femme passe toute la journée dans le même bureau qu'un père oblat.

Soulignons la longue présence de Bernadette Tarte, la première professionnelle laïque à travailler sur le campus comme bibliothécaire à l'École normale. La garderie du campus porte son prénom. En 1959, soeur Madeleine de Jésus (Corinne Laflamme), directrice de l'École des sciences infirmières, devient la première femme à siéger au Sénat (...) 

En 1965, les Oblats, qui dirigent l'institution depuis 1848, quittent pour l'Université Saint-Paul. Grâce aux subventions du gouvernement de l'Ontario, le nombre d'étudiants augmente rapidement. Il en va de même avec la clientèle étudiante qui se trouve dans presque toutes les disciplines. Cela dit, les femmes entreprennent encore peu d'études supérieures (...)

En 1998, elles ne composent que le quart du personnel enseignant. En 1984, une femme accède à la haute administration lorsque Susan Man devient vice-recteure à l'enseignement et à la recherche. Une maison patrimoniale du campus porte son nom.

Aujourd'hui

Dans les années 1920, il aurait été invraisemblable de penser que moins d'un siècle plus tard, les étudiantes seraient majoritaire au sein de l'institution. En effet, les femmes sont aujourd'hui largement majoritaires à tous les cycles, Les femmes sont présentes dans toutes les disciplines, à une exception notable, en génie. Par ailleurs, le tiers du corps professoral est maintenant composé de femmes et leur pourcentage ne cesse d'augmenter.

Certes, à ce jour, aucune femme n'a dirigé l'Université d'Ottawa, mais Saint-Paul, fédérée à l'Université d'Ottawa, a une rectrice depuis 2009, Chantal Beauvais. Cela dit, les femmes sont présentes au Conseil d'administration. De plus, plusieurs femmes éminentes occupent depuis 1966 le poste prestigieux de chancelier: Pauline Vanier, Gabrielle Léger, Huguette Labelle et Michaëlle Jean. De 1889 à 1965, ce poste est réservé à l'archevêque d'Ottawa.

Enfin, des femmes dirigent maintenant des facultés, des écoles, des instituts et plusieurs services administratifs. Cela dit, on est encore loin de l'égalité dans certains secteurs au sein de la maison d'enseignement. En somme, la situation de la femme à l'Université d'Ottawa reflète tout à fait l'évolution de la société canadienne au cours des dernières décennies.

L'auteur, Michel Prévost, est archiviste en chef de l'Université d'Ottawa.

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