Rêve et réalité de l'université franco-ontarienne

La mise sur pied d'une université digne de ce nom est un projet de grande... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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La mise sur pied d'une université digne de ce nom est un projet de grande envergure et ceux qui seront chargés de l'étudier devront avoir en main toutes les données pertinentes : inventaire des services existants, projections quant au bassin d'étudiants potentiels, nombre, types et niveaux de programmes à créer, ressources humaines et physiques nécessaires, estimé réaliste des coûts, etc.

Une université n'est pas qu'un gros collège et il faut une masse critique d'étudiants et de ressources pour en assurer la viabilité et en asseoir la crédibilité afin d'attirer des professeurs qui y trouveront un milieu où ils pourront s'épanouir et poursuivre leurs recherches en tant que véritables universitaires.

Ce faisant, on ne pourra simplement rejeter du revers de la main, comme certains semblent le faire, l'immense contribution, passée et présente, de l'Université d'Ottawa à l'éducation, à la culture et à l'essor de la communauté franco-ontarienne. 

L'opinion selon laquelle cette institution est devenue un foyer d'assimilation qui ne répond plus aux besoins des étudiants francophones ne repose sur aucune donnée valable. Bien sûr que le risque d'assimilation existe, surtout chez les plus vulnérables -- le processus d'assimilation commence généralement bien avant l'arrivée à l'université --, mais il existerait aussi dans une petite université francophone immergée dans une ville de 3 millions d'anglophones.

Considérons les faits suivants : l'Université d'Ottawa offre 450 programmes dans 10 facultés, et ce, dans un très vaste éventail de domaines. Plus de 75% des cours de premier cycle sont offerts dans les deux langues et on vise 85% d'ici 2020. 75% des professeurs et 95% du personnel de soutien sont bilingues, ce dernier étant en majorité d'origine francophone. Le Centre de recherche en civilisation canadienne-française, entre autres, constitue une ressource inestimable. 

L'Université d'Ottawa est l'une des 10 grandes universités de recherche au Canada. Sa bibliothèque contient plus de 3 millions d'imprimés et de livres électroniques. Les étudiants y ont accès à des professeurs et chercheurs chevronnés, à des ressources de laboratoires, de bibliothèques, d'informatique à la fine pointe du progrès.

Vraisemblablement, la nouvelle université offrirait surtout des cours de baccalauréat dans un nombre limité de domaines, de sorte que les étudiants qui voudraient s'inscrire à d'autres programmes, et à d'autres niveaux, devraient de toute façon étudier à l'Université d'Ottawa (entre autres) ou alors s'exiler. Et puis le bassin d'étudiants francophones -- dont 12 000 présentement à l'Université d'Ottawa -- serait dilué au point que plusieurs programmes y seraient difficilement viables, à moins de les retirer de l'Université d'Ottawa, ce qui est loin d'être réaliste. 

Et enfin il ne faut pas oublier que la dilution du nombre d'étudiants s'accompagnera inévitablement d'une dilution des subventions gouvernementales ce qui rendra encore plus difficile la viabilité de tous ces programmes.

L'idée proposée de mettre sur pied un campus universitaire francophone sur le site du collège de Glendon n'est pas mauvaise en soi. Mais il est illusoire de penser qu'on pourra y offrir les mêmes services que dans une grande université comme l'Université d'Ottawa. Compte tenu de bassin de jeunes francophones répartis sur tout le territoire ontarien et aspirant à des études universitaires de qualité dans tous les domaines, des compromis seront toujours nécessaires et l'Université d'Ottawa, malgré son statut d'université bilingue, demeurera toujours un formidable atout dont peut s'enorgueillir toute la communauté franco-ontarienne.

L'auteur, Pierre Calvé, est professeur et doyen (retraité) à l'Université d'Ottawa.

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