Un litre d'essence, un litre de lait

En ce qui a trait aux différents projets... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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En ce qui a trait aux différents projets de développement immobiliers dans l'Outaouais, les services de proximité et la question des transports en commun semblent être perçus comme un détail anodin qui ne mérite pas d'être mentionné dans la majorité des sites Internet qui détaillent les projets immobiliers.

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

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La voiture est reine dans nos villes. Quand on doit consommer un litre d'essence pour aller chercher un litre de lait à l'épicerie, on ne peut pas dire que l'aménagement de nos villes réponde à l'urgence de diminuer notre dépendance au pétrole. Que ce soit à cause de nos grandes maisons ou de nos modes de transport, l'abus énergétique nous pousse à une indigestion de gaz à effet de serre.

Aujourd'hui, plusieurs le comprennent; on peut construire la maison la plus efficace au plan énergétique, mais si son emplacement impose l'usage d'une auto, nous sommes loin de la coupe aux lèvres.

D'ailleurs, l'Agence de protection de l'environnement des États-Unis (EPA) exprime bien l'importance de rendre accessibles les moyens de transport plus durables tels que la marche, le vélo et les transports en commun dans les nouvelles constructions. Selon l'EPA, une résidence dans un quartier de banlieue typique consomme 108 millions de BTU par an pour l'électricité, le chauffage, etc. Ses occupants consomment 132 millions de BTU pour les transports motorisés. Ainsi, les transports dédiés à soutenir ce mode de vie de banlieue comptent pour plus de la moitié de la consommation d'énergie. 

En ce qui a trait aux différents projets de développement immobiliers dans l'Outaouais, les services de proximité et la question des transports en commun semblent être perçus comme un détail anodin qui ne mérite pas d'être mentionné dans la majorité des sites Internet qui détaillent les projets immobiliers. Pourtant, construire des quartiers à faible densité coûte cher à tous en ce qui concerne les routes, aqueducs et égouts. C'est d'ailleurs pour remédier à cette situation que la Ville de Gatineau a adopté en 2013 un règlement visant à exiger une contribution financière aux promoteurs immobiliers. Incluse dans le nouveau pacte fiscal Québec-municipalités, la «clause Gatineau» est primordiale pour assurer le financement d'un nouveau cadre d'aménagement d'infrastructures. Il faut cependant comprendre que la contribution des promoteurs au paiement des nouvelles infrastructures est encore facultative, en fonction de la volonté des municipalités de l'imposer ou non. 

L'effet recherché par ce nouveau règlement est aussi d'assurer une plus grande densification de la ville puisque les entrepreneurs sont facturés en fonction de l'empreinte au sol, soit le nombre de mètres carrés utilisé pour le projet. Ainsi, moins la surface est grande, plus la densité est forte, moins la facture «par porte» sera importante. 

En Ontario, le gouvernement a bien compris la problématique du financement et de densification. Comme piste de solution, il a donné aux municipalités des moyens semblables de taxation, en les rendant obligatoires.

Pourtant, en Outaouais, l'APCHQ a décidé de poursuivre la Ville de Gatineau pour réclamer le statu quo. Et si, au lieu de voir les frais de croissance comme une banale taxe, les constructeurs y voyaient une occasion d'exiger des infrastructures collectives et du transport en commun efficace qui pourraient, par le fait même, bonifier grandement leurs projets de développement?

Le bungalow de banlieue a colonisé plusieurs champs de la région. Ce modèle n'est plus viable que ce soit au niveau de l'empreinte environnementale que de manière économique. Cette question est d'ailleurs discutée en commission de l'aménagement du territoire ces jours-ci. L'enjeu entourant l'acceptation ou non de cette mesure aura, à coup sûr, un impact sur le cadre bâti que nous léguerons à nos enfants.

L'auteur, Benoit Delage, est directeur du Conseil régional en environnement et développement durable de l'Outaouais (CREDDO).

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