Université franco-ontarienne: quoi de neuf?

À la fin de l'année dernière, les députés ontariens ont adopté unanimement en... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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À la fin de l'année dernière, les députés ontariens ont adopté unanimement en deuxième lecture le projet de loi de la députée néo-démocrate France Gélinas visant la création d'une université franco-ontarienne. Il faut féliciter les Regroupement des étudiants franco-ontariens, l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO) et les autres groupes qui ont mené ce combat. On parle déjà d'un conseil des gouverneurs transitoire qui aurait à trancher sur l'emplacement de cette université puisque le projet de loi n'en fait pas mention.

Les promoteurs favorisent le sud de la province ou Toronto parce que l'on veut y voir là la moitié de la population francophone de la province dans un avenir rapproché.  Mais, même dans le sud, aucun emplacement ne pourrait prétendre desservir toute la population francophone.  Tout campus est limité surtout à sa population locale à cause des coûts de pension encourus par ceux qui viennent de plus loin.  

Le succès législatif récent ne règle pas les problèmes de la majorité des étudiants potentiels qui seront éloignés de n'importe lequel campus.  Le choix reste donc entier. Dans ce contexte, ce choix tourne autour de la vision même de la nouvelle université. 

Dans quelques mois, un comité d'étude sur une université française en Ontario doit remettre son rapport au ministère de l'Éducation. Il est très probable maintenant que le rapport recommande fortement la mise sur pied d'une telle université. 

Mais l'ampleur de la dette de la province et de ses déficits annuels, ainsi que la conjoncture économique, pourraient  mener ce projet sur une tablette pour des années à venir.  En effet, comment justifier une telle dépense pendant que l'on fait des coupures sérieuses à gauche et à droite?  Il se pourrait peut-être que le projet fasse partie des projets d'infrastructure vers lesquels le gouvernement fédéral se dirige.  Mais on peut en douter.

Les étudiants et les leaders francophones qui proposent cette université de langue française persistent à la voir à Toronto ou dans les environs. Le nombre d'écoles secondaires qui pourraient fournir des étudiants au post-secondaire n'est pas très grand mais qu'importe.  On desservirait ce qui passe pour le groupe le plus dynamique en Ontario, là où le nombre augmente le plus en Ontario.  Ou est-ce la proportion?  Dans ce dernier cas, ça ne prouve rien. Un grand pourcentage d'un petit nombre ne donne pas grand-chose.

On aurait une liste de quelques milliers d'élèves du secondaire et d'adultes qui promettent de s'inscrire à l'université proposée.  Que peuvent valoir ces expressions d'intention quand on se rend compte que bien avant qu'une telle université soit mise sur pied ces jeunes signataires vont être rendus ailleurs.    

Je réitère la proposition que j'ai faite dans Le Droit l'été dernier à savoir que la seule solution économique, rapide et moderne est la mise sur pied à l'échelle provinciale d'une université en ligne, virtuelle, à la portée de tout citoyen francophone en Ontario où qu'il réside. On nous objectera que la mauvaise expérience du presque défunt Collège des Grands Lacs nous démontre que ça ne marche pas.  Par contre, ça marche pour des milliers d'institutions en Amérique du Nord, au Canada, et même en Ontario. Les responsables ontariens de ce collège n'étaient peut-être pas compétents dans la matière ou encore ils s'y sont pris mal.    

De toute façon, l'on pourrait bâtir sur cette expérience. Quand on ne réussit pas une première fois, il faut réessayer encore et encore.  Dans le domaine des affaires, par exemple, il n'est pas rare de trouver de grands succès bâtis sur des faillites initiales. On évite de faire les mêmes erreurs une deuxième fois.  Notre province est très étendue. On n'est pas devant les petites universités de Moncton au Nouveau-Brunswick ou de Saint-Boniface au Manitoba. Et même dans ces deux cas, un peu de vision provinciale aurait pu mener à une conclusion semblable.

On prétend que l'expérience du Collège des Grands-Lacs a coûté très cher par élève. A-t-on tenu compte du coût des subventions provinciales dans les collèges comparables? A-t-on aussi tenu compte des dépenses épargnées par les étudiants qui sont restés à la maison?  Ou se sert-on de cette expérience simplement pour justifier la vision campus de l'université proposée?  Et finalement, l'expérience était collégiale et non universitaire.  

Enfin, on a objecté dans Le Droit que les professeurs n'auraient pas de contacts entre eux, ni les étudiants. Même sur les campus aujourd'hui, les étudiants ont plus de contacts via les médias sociaux qu'ils n'en ont jamais eus avant l'existence d'Internet. On peut dire la même chose de la vie sociale des professeurs et de leurs occasions de recherche. Professeurs et étudiants font plus de recherches sur Internet qu'en bibliothèque. Même sur les campus, les contacts se font plus par les médias sociaux aujourd'hui qu'autrement. La vie change et il faut changer avec elle.

L'auteur, Wilbrod Leclerc, est professeur à la retraite de l'Université d'Ottawa.

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