Université francophone: cher, long et tortueux

Le lobbying pour une université franco-ontarienne n'a jamais été aussi bien... (Etienne Ranger, Archives LeDroit)

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Etienne Ranger, Archives LeDroit

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Le lobbying pour une université franco-ontarienne n'a jamais été aussi bien organisé.

Dans le passé, la question a été soulevée plus d'une fois lors d'assemblées générales de l'ACFO/AFO, mais depuis le 19 novembre dernier, un projet de loi déposé par la députée néo-démocrate France Gélinas garantit un débat public à Queen's Park sur cette importante question. C'est un premier pas concret sur un chemin qui sera long et tortueux. 

Certains croient que des universités ou campus bilingues sont la solution. Ce n'est pas le cas puisqu'il faut toujours se battre pour y faire reconnaître le fait français. Au Collège Glendon de l'Université York, des professeurs d'anglais et d'espagnol ont déjà demandé que le statut du collège passe de bilingue à plurilingue; c'est une façon subtile de faire de l'anglais la langue principale de l'institution. Un campus bilingue, trilingue ou plurilingue peut être une formule d'assimilation. 

On s'entendra probablement assez vite sur le principe d'une «Université de l'Ontario français», d'une gestion par et pour les Franco-Ontariens, comme c'est le cas aux niveaux primaire et secondaire. C'est le «comment» et le «où» qui seront plus difficiles à déterminer. 

Chiffres à l'appui, on parle beaucoup du Centre-Sud ontarien (Toronto) comme lieu du premier campus. À mon avis, il faudra se demander pourquoi l'expérience du Collège des Grands Lacs (1995-2001) n'a pas fonctionné, afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. 

Comme Mariette Carrier-Fraser, ancienne sous-ministre adjointe au ministère de l'Éducation, l'a déjà dit, les leaders de la communauté franco-ontarienne devront trouver un modèle d'éducation différent de ceux en place. 

Je vois mal comment on pourra créer cette Université de l'Ontario français sans que des professeurs de l'Université d'Ottawa et de l'Université Laurentienne, entre autres, ne quittent leur institution pour mettre l'épaule à la roue. Les négociations risquent d'être pénibles.

Si le dossier de l'université franco-ontarienne refait surface plus vigoureusement, c'est en grande partie parce que les jeunes se sont mobilisés. Le Regroupement étudiant franco-ontarien fait bien son travail et joue bien ses cartes. Il contribue à l'organisation d'une manifestation ce jeudi devant l'Assemblée législative de l'Ontario.

Est-ce que l'échéancier proposé - un premier campus d'ici trois ans - est réaliste? Stratégiquement, oui. Il faut mettre le pied dans la porte pour gravir les marches de l'escalier.

Il ne faut pas se leurrer, l'Université de l'Ontario français coûtera cher. Le gouvernement libéral de Kathleen Wynne devra délier les cordons du trésor public, comme le gouvernement conservateur de Leslie Frost l'a fait lorsqu'on a créé l'Université Carleton et l'Université Laurentienne. Des études sur les inscriptions possibles, sur les programmes à offrir et sur les coûts à court et moyen terme demeurent nécessaires. Mais il ne faut pas noyer le poisson dans les chiffres. 

Un projet pilote devrait être mis sur les rails le plus rapidement possible. Comme le Collège Boréal a une bonne expérience de cours offerts sur de multiples campus, pourquoi ne pas lui accorder une charte universitaire? Il n'y a pas d'institutions qui sont à la fois collège et université, me direz-vous, mais rien n'empêche les Franco-Ontariens de faire preuve d'innovation en trouvant un modèle d'éducation différent de ceux en place.

L'auteur, Paul-François Sylvestre, est un écrivain basé à Toronto.

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