L'autre Afrique

L'Afrique qu'on nous donne généralement à voir est un continent qui se meurt,... (Patrick Fort, Archives AFP)

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Patrick Fort, Archives AFP

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L'Afrique qu'on nous donne généralement à voir est un continent qui se meurt, une catastrophe permanente, un continent de toutes les calamités où aucune âme ne devrait plus vivre longtemps. Mais au-delà des statistiques apocalyptiques de l'indice du développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement, il existe une «Autre Afrique». Celle qui ne fait jamais l'objet des manchettes des médias internationaux.

Or, il suffit de bien observer pour découvrir la réalité de l'Autre Afrique: vivante, joyeuse entreprenante, où l'on dit avec humour que si la situation est toujours désespérée, elle n'est jamais grave. On y retrouve des hommes et des femmes qui inventent chaque jour, au-delà des critères cartésiens, des pratiques sociales novatrices pour survivre ou pour vivre. 

Il s'agit des citoyens qui construisent la société civile qui, contre vents et marées, joue sa fonction de groupe de pression face aux dictatures. Ce sont des groupements d'urbains qui par l'entraide et la coopération canalisent leurs ressources pour offrir à leurs membres des services de protection sociale (couverture des frais d'hospitalisation, de médicaments ou encore des dépenses liées à la scolarité des enfants). Ce sont les associations paysannes qui se transforment en syndicat de producteurs agricoles pour défendre leurs intérêts dans le contexte de la mondialisation du marché. Ce sont les diasporas africaines en Europe et en Amérique du Nord qui financent des groupements villageois pour des projets de développement local. 

Les tontines

C'est la floraison des «tontines», des associations collectives d'épargne dans les pays de l'Afrique subsaharienne. Les tontines sont des pratiques qui lient directement l'épargne et le crédit où chaque membre est alternativement épargnant et débiteur. Elles fonctionnent selon des modes d'une organisation s'inspirant des schèmes culturels locaux, dont l'un des traits caractéristiques est l'importance de la sociabilité des réseaux informels dans les sociétés africaines. Les tontines connaissent du succès chez les dirigeants de petites et moyennes entreprises, car c'est une solution appropriée à leur problème de trésoreries. 

Les populations africaines mettent sur pied des mutuelles de santé et de coopératives de pharmacies qui utilisent des plantes médicinales. On peut citer l'exemple de «Idela-Herbo», une fédération de mutuelles qui vendent des produits contre le paludisme dans des centres de santé au Bénin, au Burkina Faso, en Côte-d'Ivoire, et au Togo.

Et les autres

D'autres acteurs locaux participent au développement de l'Afrique. Ce sont des mécaniciens qui, avec ingéniosité, qui font le montage d'une voiture avec  un amalgame de pièces de fabrications japonaise, française et américaine. C'est la couturière ou le couturier qui confectionne des vêtements sans  patron ou modèle de base. Ce sont les écrivains africains impliqués socialement. C'est l'artiste qui nous renvoie à la figure emblématique de grands chanteurs, peintres, sculpteurs africains. C'est le professeur, le chercheur, le médecin, l'agronome, l'ingénieur qui, dans des conditions très difficiles, innove chaque jour pour donner une réponse appropriée aux besoins du milieu. 

C'est par ces gens que s'opèrent les véritables transformations sociales qui traversent l'Afrique. Ce sont eux qui s'ingénient chaque jour à améliorer les conditions d'existence des populations africaines. 

Mais le peu d'intérêt porté à l'Autre Afrique par les États africains et les organisations de coopération et de développement international, le mimétisme et le mythe du «rattrapage» des pays industrialisés ont fait obstacle à l'appui et à la diffusion de l'ensemble de ces pratiques au niveau global des sociétés africaines. Pour se développer réellement, l'Afrique doit tabler sur la modernisation progressive des pratiques sociales de l'Autre Afrique. C'est ce qui nous enseigne l'histoire du développement des sociétés.

L'auteur, Yao Assogba, est sociologue et professeur émérite de l'Université du Québec en Outaouais.

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