Y a-t-il un cartel en alimentation?

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Depuis quelques semaines, plusieurs consommateurs sortent des magasins d'alimentation en état de choc. Certains s'indignent du chou-fleur à 8$ pendant que d'autres s'étonnent des boîtes de céréales de format régulier à presque 10$ l'unité. De surcroît, sur les tribunes, plusieurs tracent maintenant un parallèle entre le pouvoir oligopolistique des compagnies pétrolières et les prix soudainement élevés des aliments. Certains vont aussi loin qu'accuser les épiciers de surcharger les consommateurs pour certains produits. Bien qu'il soit toujours difficile de démontrer une telle astuce, les résultats financiers des grands de l'alimentation démontrent hors de tout doute que les consommateurs peuvent continuer à visiter nos épiciers en toute quiétude.

D'abord, il est vrai que le secteur de la distribution alimentaire canadien compte peu de joueurs, comparativement au marché américain, par exemple. Loblaw-Provigo, Sobeys-IGA et Métro contrôlent une bonne partie du marché. Cependant, Walmart et Costco possèdent actuellement chacun 7% à 8% du marché et exercent une influence notable sur le marché depuis quelques années. Chez eux, le prix est roi. En revanche, pendant cette même période, les trois grands de l'alimentation misent sur des stratégies tout aussi différentes que complémentaires.

Loblaw protège sa marque chérie, Choix du Président. Pour Sobeys, c'est l'efficacité en distribution, point. Pour Métro, un joueur régional, l'expérience-magasin et la variété des articles offerts demeurent des objectifs bien définis. Les trois consolident leur position en investissant massivement dans leurs magasins et sur l'amélioration de leur logistique.

Mais l'harmonie sectorielle en cours encourage-t-elle l'abus? Laissons les chiffres établir les faits. Prenons comme exemple Métro étant donné que son niveau de profitabilité est deux fois plus élevé que ses compétiteurs en ce moment. Entre 2013 et 2015, le chiffre d'affaires de Métro a augmenté de 7% tandis que ses profits diminuaient de 26%. Sa marge bénéficiaire est d'à peine 4%, pratiquement le double de Loblaw et Sobeys. En comparant ses résultats avec les pétrolières, ou même avec le secteur pharmaceutique, ces derniers ne sont guère impressionnants.

Bien qu'il puisse être difficile pour certains de le croire, la saine gestion qui prévaut dans le secteur a permis aux consommateurs d'éviter un scénario plus catastrophique. Pendant que les consommateurs voient leur facture d'épicerie augmenter en moyenne de 7% à 8%, les distributeurs investissent et concentrent leurs efforts à l'amélioration de leur gestion des coûts. La détermination dérisoire d'offrir les meilleurs prix possible a tranquillement cédé sa place à une offre relevée, hétérogène, à l'écoute des besoins contemporains des consommateurs plus informés. Bien sûr, le secteur vit de très bons moments et 2016 risque d'être une autre très bonne année, mais les marges augmenteront à peine en raison de forces démographiques défavorables à une plus forte croissance des revenus. De plus, l'arrivée d'un nouveau joueur sur le marché canadien d'ici deux ans est plus que probable. Et si c'est le cas, chacun devra défendre ses parts de marché ce qui maintiendra les prix à la baisse pour un certain temps.

Tout compte fait, le secteur est mieux géré qu'il y a 10, voire même cinq ans. Certes, les Canadiens éprouvent un choc ces jours-ci, mais d'autres régions du monde ont déjà vu pire.

L'auteur, Sylvain Charlebois, est professeur en Distribution et Politiques agroalimentaires à l'Université de Guelph.

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