La guerre grandissante contre la corruption en Afrique

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Le président rwandais Paul Kagame tente de faire passer un amendement constitutionnel qui lui permettrait de briguer un troisième mandat

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Au grand dam de la plupart des Africains, le monde a longtemps considéré leur continent à travers le prisme des trois «C» - conflits, contagion et corruption.

Pourtant, les deux premiers éléments sont tout sauf généraux. La guerre civile se limite principalement à quelques régions particulières - par exemple, le Sud-Soudan ou la République démocratique du Congo. Et le virus Ebola en Afrique de l'Ouest s'est davantage propagé vers l'Europe et les États-Unis que dans le reste du continent. Néanmoins, le troisième élément, la corruption, a été universel, ravageant presque tous les pays.

Il y a, cependant, des lueurs d'espoir permettant d'espérer un changement. Si elles grandissent et se propagent, le sort de l'Afrique pourrait s'améliorer considérablement.

Prenez tout d'abord le Rwanda. Alors que le président Paul Kagame tente de faire passer un amendement constitutionnel qui lui permettrait de briguer un troisième mandat, les diplomates occidentaux marmonnent sombrement à propos de la fabrication d'un nouvel autocrate africain. Visitez le pays, cependant, et vous trouverez un pays prospère.

Dans la plupart de l'Afrique, un contrôle routier est synonyme de paiement d'un pot de vin; au Rwanda, l'agent de police comme l'automobiliste iraient en prison pour un tel fait. Les institutions gouvernementales travaillent de manière remarquablement transparente, et la primauté du droit est réelle. Un samedi par mois, Kagame comme de nombreux citoyens se présentent au rendez-vous pour balayer les rues - une métaphore qu'a bien compris l'organisation internationale de lutte contre la corruption Transparency International, qui classe le Rwanda comme pays le plus propre d'Afrique.

Au Nigeria

Considérez maintenant le Nigeria, le plus grand producteur de pétrole du continent. Selon certaines estimations, les dirigeants précédents ont volé quelque 3% du PIB du pays chaque année. Ces milliards de pétrodollars auraient construit un Nigeria moderne avec des routes, des hôpitaux et des écoles de bonne qualité. Au lieu de cela, l'argent est allé dans les demeures luxueuses, les voitures et les comptes bancaires étrangers d'une petite élite.

Aujourd'hui, un nouveau président est en train de réécrire les règles. Depuis sa prise de fonctions en mai, Muhammadu Buhari (comme Kagame, un ancien soldat) a lancé une offensive concertée contre la corruption de haut niveau. En novembre, deux hauts responsables ont été inculpés dans une escroquerie de 2 milliards $ pour l'achat d'avions de combat, d'hélicoptères et de munitions qui n'ont jamais été livrés. En octobre, l'ancien ministre du pétrole et le chef de la compagnie nationale de pétrole ont été arrêtés.

Soudainement, l'austérité personnelle est à la mode. Les ventes de Mercedes-Benz et Rolls-Royce stagnent. Les villas de luxe ostentatoires restent invendues.

Pour que de telles réformes puissent aller assez en profondeur pour faire une réelle différence, il faudra en partie qu'elles gagnent du terrain ailleurs. Là aussi, il y a des signes encourageants. Le président du petit pays qu'est le Bénin, également en Afrique de l'Ouest, a récemment présenté ses excuses après que des fonctionnaires corrompus aient volatilisé une subvention étrangère de 4 millions $. Le Sénégal est en train de monter sa propre campagne anti-corruption. Et le pays qui attire le plus d'attention reste la Tanzanie, où le président nouvellement élu John Pombe Magufuli a établi une qualité rare de leadership.

Banquet annulé!

Après avoir visité un hôpital où les patients dorment dans les couloirs, Magufuli a réduit un opulent dîner marquant l'ouverture du parlement et dépensé l'argent économisé en lits d'hôpitaux. Il a également annulé les célébrations du Jour de l'Indépendance et utilisé les économies en résultant pour contrer une éruption de choléra. Il a interdit les voyages en classe affaires et les maisons de campagnes coûteuses du gouvernement, limogé plusieurs hauts fonctionnaires prétendument corrompus et a commencé à simplifier la réglementation complexe qui est exploitée par les bureaucrates véreux pour extraire de lourds pots de vin.

En Afrique de l'Est, où Twitter est populaire, les utilisateurs poussent leurs propres gouvernements à agir au moyen de mots-clics comme #WhatWouldMagufuliDo? Cette question est la plus fondamentale au Kenya, le visage d'une nouvelle Afrique en croissance - et le troisième pays le plus corrompu du continent, selon Transparency International, dépassé seulement par deux états quasi défaillants, le Libéria et la Sierra Leone.

Chaque jour apporte son lot de nouvelles sensationnelles de pillages ahurissants: des stylos et des photocopieurs achetés plusieurs fois leur prix de marché; des millions versés à de faux entrepreneurs pour des services fantômes; et des usines industrielles publiques qui disparaissent tout simplement - désossées et vendues comme ferraille par leurs dirigeants. La moitié d'une émission récente d'Eurobond pour un montant de 2,5 milliards $ aurait disparu. Les membres du parlement, parmi les mieux payés au monde, gonflent sans vergogne leurs notes de frais et entreprennent des voyages coûteux aux frais de la princesse, tout en neutralisant les organismes d'enquête gouvernementaux et en interdisant aux journalistes de présenter les législateurs sous un mauvais jour.

Bonne gouvernance

La bonne nouvelle, c'est que beaucoup de ces révélations proviennent des inspecteurs du gouvernement et des réformateurs qui sont décidés à changer. Elles ont été encouragées par le président Uhuru Kenyatta, qui a lancé la campagne de bonne gouvernance la plus ambitieuse que le Kenya ait jamais connue.

Au cours des dernières semaines, Kenyatta, fils du premier président du Kenya, a licencié un tiers de son cabinet, selon ses propres mots «pour lutter contre la corruption endémique». La police a perquisitionné les maisons de hauts fonctionnaires et confisqué des sacs d'argent dans au moins un cas. Le gouvernement a fixé des prix de référence pour les marchés publics, créé des tribunaux spéciaux pour les cas de corruption et institué ce qu'il appelle «des audits de mode de vie» pour les principaux responsables publics.

Les Kenyans sont sceptiques. La corruption est trop endémique, et les cartels criminels trop puissants, pour que des déclarations courageuses parviennent à faire une brèche. Pourtant, les progrès doivent commencer quelque part, et le moment est venu pour que les amis internationaux du Kenya intensifient leurs exigences.

En juillet, le président américain Barack Obama a signé un pacte pour aider le Kenya dans sa guerre contre la corruption. Comme dans le cas de la coopération bilatérale pour lutter contre le terrorisme, le pacte se concentre sur les flux financiers illicites, en plus du recouvrement des avoirs volés. Les États-Unis ont depuis imposé une interdiction d'entrée sur leur territoire pour un nombre indéterminé de fonctionnaires. Les pays européens devraient suivre le mouvement, au Kenya et ailleurs.

Le président Buhari du Nigeria a exhorté la communauté internationale à sévir contre les refuges où les dirigeants corrompus cachent les richesses volées. Le gel des avoirs étrangers des fonctionnaires visés par une enquête serait un grand pas. Ce serait également le cas de la confiscation locale des avoirs dérobés. Le Kenya devrait le faire bientôt.

Le plus important est de mettre fin à la culture de l'impunité. Une enquête à venir sur la jeunesse kenyane menée par l'East African Institute de l'Université Aga Khan met en évidence un «déficit d'intégrité» saisissant. La moitié des répondants pensent que la façon dont on gagne de l'argent est sans importance, et un tiers déclarent qu'ils seraient prêts à donner ou recevoir un pot de vin. Les trois quarts ne seraient pas prêt à dénoncer un cas de corruption par peur de répercussions négatives.

Changer cet état d'esprit est crucial. La corruption ne sera jamais effacée en Afrique ou ailleurs. Mais elle devrait être une aberration, pas un absolu.

L'auteur, Michael Meyer, est doyen de la Graduate School of Media and Communications à l'Université Aga Khan à Nairobi.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont; www.project-syndicate.org

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