Des compressions qui menacent les CPE

La ministre de la Famille, Francine Charbonneau... (Archives, La Presse Canadienne)

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La ministre de la Famille, Francine Charbonneau

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À Francine Charbonneau, ministre de la Famille,

Les administrateurs, les employés et moi, nous tenons à dénoncer les nouvelles compressions de 120 millions $ que vous souhaitez imposer au réseau des Centres de la petite enfance puisque nous sommes devant une totale incompréhension de vos orientations autre que pour des motifs d'austérité. Récemment, votre gouvernement n'annonçait-il pas un surplus l'an dernier? N'êtes-vous pas en situation d'équilibre budgétaire cette année? Pourquoi de nouvelles compressions alors que ce n'est pas justifié?

Connaissez-vous notre réalité? Notre quotidien, nos défis? Notre clientèle? La profession d'une éducatrice?

De ce que nous voyons, vous n'avez que des chiffres devant vos yeux sans réellement connaître ce qui se passe dans un CPE.

Nous sommes un CPE qui accueille 60 enfants. Nous sommes associés à un milieu de travail. Nous sommes une corporation à but non lucratif administré, tel que prévu par la Loi sur les services de garde éducatifs à l'enfance, par un conseil formé de parents administrateurs et un membre de la communauté. Depuis quelques années, nous recevons une subvention pour l'accueil d'enfants de milieux défavorisés. Nous avons une pouponnière qui accueille 10 poupons. Nous faisons une gestion rigoureuse en fonction des paramètres financiers établis par le ministère. Nous avons tenté par deux fois d'obtenir des places afin de développer une deuxième installation et d'améliorer notre performance. Malheureusement, l'émergence et le développement de garderies commerciales privées dans notre secteur (Aylmer) ont nui à nos chances. Nous sommes un CPE non syndiqué, qui offre des conditions de travail dans la moyenne.

Au-delà de tout, nous sommes un CPE dédié à offrir des services éducatifs de qualité à la petite enfance. Malgré tout, pour l'année financière 2014-2015, nous avons fait un surplus de plus de 20 000 $.

Des coupures

Avec les coupures de juin, nous avons coupé 1700 heures de travail auprès des enfants. Adieu le principe conciliation travail-famille et la semaine de quatre jours! Deux postes ont été abolis et les autres, réaménagés. Nous avons dû couper dans les heures de tâches, de planification pédagogique, de désinfection, mais surtout, d'aide et de soutien lors de périodes critiques (repas et transitions). L'équipe a accepté devant l'évidence qui s'imposait à nous. Tout ce que nous souhaitions, c'est de passer au travers cette tempête et poursuivre nos activités.

Cependant, si d'autres coupures devaient être faites selon les barèmes de financement annoncés le 1er décembre 2015 (environ 181 000 $ dans notre cas), pour notre CPE, c'est tout le personnel de gestion, de cuisine, et une éducatrice qui devra être mis à pied. L'alternative est de mettre à pied la moitié de nos éducatrices: illogique, incompréhensible et cela démontre que vous ne connaissez aucunement la réalité des CPE!

Nous accueillons chaque année trois enfants de milieux défavorisés, référés par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) (année après année, cela représente plus de 20% de notre clientèle). En plus, nous avons une entente en ce qui concerne la clientèle ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l'autisme. Cela représente beaucoup de travail, de soutien, des rencontres avec les intervenants et avec les parents. Cette subvention nous permet d'avoir une directrice adjointe (ce qui est exceptionnel pour une petite installation). Le travail d'observation et de dépistage fait toute la différence et nous sommes très bien reconnus dans notre région pour le travail avec cette clientèle. Avec de si grandes coupures, ce volet de notre offre de service est à risque de disparaître, faute de ressources.

À coeur ouvert...

Finalement, qu'est-ce qui vous dérange avec le salaire des gestionnaires? Dans ma carrière précédente dans le réseau de la santé, avec un baccalauréat, j'aurais le même salaire. Dans ce réseau-ci, je possède également un autre diplôme en gestion, j'ai plus de responsabilités et je gagne le même salaire. Nous ne sommes pas surpayés et j'ai beaucoup plus de travail que comme simple syndiquée en santé.

J'ai donné plusieurs années de ma vie à bâtir un CPE et un bureau coordonnateur où il n'y en avait pas. Pour ce dévouement, j'ai reçu un prix Hommage bénévolat Québec en 2005 des mains du premier ministre Jean Charest.

Forte de mon expérience, je suis retournée à l'université, en gestion, pour m'orienter dans le milieu de l'éducation des enfants. Un milieu où les éducatrices compétentes et professionnelles ont le souci du développement des enfants. J'ai connu la garde au noir, du «gardiennage» sans reçu. Je sais qu'avoir une place en CPE est un véritable cadeau du ciel. Voulez-vous détruire ce réseau? C'est ce que je crois et vous n'avez pas été élue pour cela. C'est bien dommage pour tous les parents et futurs parents du Québec!

L'auteure, Nathalie Thibeault, est la directrice générale du CPE Grande-Rivière.

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