Pour une traçabilité inclusive

Les fraudes alimentaires ont fait les manchettes en 2015 lorsque certains... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit)

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Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

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Les fraudes alimentaires ont fait les manchettes en 2015 lorsque certains employés ont avoué avoir effectué de la surtransformation en magasin sans changer les dates de péremption.

Bien sûr, ce sont des gestes indéfendables. Il n'existe aucune excuse. En revanche, il faut se rappeler que les fraudes alimentaires hantent l'humanité depuis l'Empire romain, peut-être même avant cela. Mais l'industrie a maintenant accès à une meilleure technologie, et les attentes ont nécessairement bien changé depuis le temps de Jules César.

Il y a fraude alimentaire dès que des aliments sont délibérément vendus avec tromperie au consommateur. On estime qu'un contrôle sur trois détecte une fraude alimentaire. Un sur trois. La situation est pire en Europe où les systèmes de distribution sont plus éclatés et difficiles à surveiller. Les systèmes de traçabilité varient énormément, surtout entre l'Est et l'Ouest.

Ici, les médias trouvent des cas depuis quelque temps. Se faire berner indigne, mais pour ceux qui souffrent d'allergies ou d'intolérance alimentaire quelconque, la fraude peut-être très menaçante. Les risques sont réels. Et que dire de ceux qui cherchent des produits casher et halal?

Heureusement, certaines technologies sont porteuses d'espoir. Pour l'industrie, au-delà d'une fréquence plus intense des inspections par les régulateurs publics, un programme de tests coordonné à l'échelle nationale peut être mené pour la détection d'ADN de produits. C'est ce qui se passe en Europe depuis le scandale de la viande chevaline en 2013. Quelques universités canadiennes l'utilisent déjà. La bio-informatique s'assure que l'information qui se partage entre chaque maillon de la chaîne soit précise. D'autres technologies novatrices peuvent aussi être utilisées pour mieux saisir les données à travers la chaîne d'approvisionnement.

Cependant, le meilleur moyen d'instaurer une plus grande discipline au sein de la chaîne alimentaire est de mieux outiller le véritable pdg de l'industrie agroalimentaire: le consommateur. D'ailleurs, en Europe, une chaîne utilise déjà un code à barres moderne qui offre aux consommateurs une plus grande quiétude. En téléchargeant sur leur téléphone l'application Pro Trace, les consommateurs peuvent valider l'information sur les étiquettes telle que l'origine des aliments, les dates d'abattage et d'emballage. Dans un avenir plus ou moins lointain, les consommateurs pourront aussi valider les pratiques à la ferme, distinguer les cultures biologiques des cultures conventionnelles par exemple, ou reconnaître les certifications de traitement éthique, et même les ingrédients utilisés par les transformateurs. L'ère d'une chaîne de distribution alimentaire plus transparente est bel et bien arrivée. C'est une question de temps avant de voir cette technologie parmi nous.

La fraude alimentaire est un phénomène complexe. Inacceptable, mais fort complexe. De se fier que sur l'éthique, une surveillance accrue et la rigueur humaine peu aider. Pour décourager les malfaiteurs, l'Agence canadienne d'inspection des aliments doit proposer des sanctions en cas de fraude correspondant à un montant supérieur au gain économique escompté par la fraude en question. Il est aussi souhaitable de proposer des contrôles officiels obligatoires sans préavis, comprenant des inspections et des tests. Au lieu de laisser les médias le faire, vaudrait mieux laisser les régulateurs s'en occuper.

Mais une traçabilité inclusive est vraisemblablement l'arme la plus redoutable contre la fraude alimentaire. Dans nos magasins, le jour où les consommateurs auront le pouvoir de validation en temps réel, le nombre de cas de fraude risquera de diminuer.

L'auteur, Sylvain Charlebois, est professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université de Guelph.

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