En guerre contre l'humanité

Les chevaliers de l'apocalypse des deux bords ne ratent aucune occasion pour... (Archives AP)

Agrandir

Archives AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les chevaliers de l'apocalypse des deux bords ne ratent aucune occasion pour dépoussiérer la formule de Samuel Huntington «le choc des civilisations» ou pour replonger dans la nostalgie des Croisades avec la guerre des religions.

Quelle civilisation? Daech n'est pas le monde musulman. Encore moins incarne-t-il les valeurs de l'Islam des Lumières, qui a bâti une civilisation de savoir.

Quelle religion? Le djihadisme n'est pas une religion. Encore moins celle de plus d'un milliard de musulmans.

Quel monde musulman? Il n'est pas un bloc homogène, mais plutôt une mosaïque de cultures, de races, d'ethnies, de langues et de civilisations. Certes, ils partagent les mêmes foi et dogme, mais ces peuples sont traversés par plusieurs courants de pensée et d'écoles d'exégèses et d'interprétations diverses.

En outre, ce monde musulman est en lambeaux, ravagé par des luttes contre cet ogre djihadiste: terrorisme résiduel, mais menaçant en Algérie et au Maroc; un État et une économie déstabilisés en Tunisie; un non-État en Libye; une guérilla djihadiste meurtrière en Égypte; deux pays (Irak et Syrie) en déliquescence menacés de scission; Yémen en guerre civilo-religieuse; un pays en perpétuelle guerre (Afghanistan); un État sous la menace d'extrémistes religieux au Pakistan; des pays musulmans du Sahel et de l'Afrique sous les coups de boutoirs sanguinaires terroristes...

Cette guerre est en fait celle d'une organisation nihiliste envers toute l'humanité, sans distinction de race ou de religion. Elle vise en premier les musulmans eux-mêmes, qu'elle considère comme des apostats, et étend sa haine et ses desseins belliqueux et violents à tous les autres peuples. En 2014, 78% des victimes du terrorisme dans le monde sont des musulmans et cela dans cinq pays seulement (Irak, Syrie, Afghanistan, Pakistan et Nigéria), selon The Institute for Economics and Peace.

Ce n'est guère une guerre de religion, car le temps des conquêtes religieuses («al-Foutouhat») est révolu; ni une guerre de l'Islam contre les autres croyances, car le Coran prône explicitement la tolérance envers les Gens du Livre (juifs et chrétiens) et rejette l'ostracisme contre eux en ordonnant aux musulmans de «ne discuter avec les Gens du Livre que de la manière la plus courtoise [...] Et dites: "[...] que notre Dieu et votre Dieu est le même, et c'est à lui que nous nous soumettons"» (Coran 29:46).

Donc, c'est plutôt une guerre au sein de l'islam, qui lutte contre une organisation qui a usurpé son identité et son Livre saint.

C'est une guerre de la vie contre la barbarie, de l'Islam des Lumières contre une idéologie obscurantiste. C'est une guerre contre un monstre, le bébé des luttes entre les intérêts contradictoires des puissances internationales et régionales.

En conclusion, pour donner du sens aux mots et se soulager du poids des préjugés, on dira que le musulman vit une religion, l'islamiste milite pour une idéologie (religion dans le politique) et le djihadiste combat par la violence pour imposer sa lecture du Coran et sa conception du monde aussi bien aux musulmans qu'aux autres peuples et cela même en contresens de l'essence et de la lettre du message coranique.

L'auteur, Ali Hannat, est politologue et habite à Ottawa.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer