Réconciliation: la nature en premier

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Nos parlementaires peuvent faire plus que présenter des excuses pour aider les gens des Premières Nations.

Ils peuvent cesser d'encourager, de subventionner et de défendre au niveau international les corporations et les méthodes d'exploitation qui saccagent ici et ailleurs les forêts et autres milieux naturels. 

Le Canada qui rase ses forêts - comme si on était trop pauvre pour laisser un peu de bois debout - et ébranche ses arbres au chemin depuis 50 ans serait, selon nos politiciens, un pays forestier modèle. 

Québec défend l'industrie plutôt que d'appliquer sa propre réglementation, qu'il s'agisse de la priorité à la forêt privée, du martelage, de la protection de la régénération (qui stipule que tous les arbres de moins de 12 cm, les érables de moins de 30 cm, ainsi que les pins, merisiers et chênes de moins de 40 cm doivent rester debout). Les mauvaises méthodes de récolte actuelles nous appauvrissent tous, et doublement pour les gens des Premières Nations.

Un peu comme au Brésil ou en Indonésie, les Algonquins du nord de l'Outaouais ne peuvent empêcher leur territoire d'être coupé à blanc sans obtenir de redevances, bien qu'on y récolte des arbres depuis 1810, comme l'affirmait récemment Jean-Guy Whiteduck, de Kitigan Zibi. 

La tristesse de voir tout les jours ce saccage inutile est un motif de découragement important pour eux, et pour bon nombre de citoyens. Les ruraux dénoncent en vain depuis des générations le pillage de la forêt publique, surtout depuis la mécanisation, qui détruit une grande partie de la régénération, des habitats, du sol. Dans la forêt mixte de l'Outaouais, on détruit fréquemment de 3000 à 10 000 tiges de régénération par hectare pour récolter quelques centaines d'arbres matures. On ébranche encore au chemin même le bois franc, dorénavant. On paie au rendement, ce qui fait que la vitesse l'emporte sur la qualité. Tout ceci afin de diminuer (temporairement) le coût de la fibre. 

En 1995, Albert Crytes, de Montcerf, résumait l'opinion des centaines d'agriculteurs, de travailleurs forestiers et d'Algonquins rencontrés depuis 45 ans. «Ces grosses affaires ont détruit nos forêts. Elles ont empêché une bonne repousse. C'est pour ça que la forêt d'aujourd'hui a l'air d'une boîte de cure-dents.»

Il se souvient du temps où les forestiers se donnaient un mal fou pour ne pas abîmer la forêt. On faisait les chemins loin du bon bois. On revenait 10 ans après, et les arbres, petits à l'époque, étaient devenus des géants. Il affirme qu'aujourd'hui, on détruit beaucoup plus que ce que l'on produit en réalité.

Albert Crytes parle de destruction ordonnée. «On va chercher les gros spécimens et on tue la repousse.»

Il ne peut s'expliquer le fait que les compagnies, plutôt que de produire avec intelligence, détruisent les productions futures de façon irresponsable.

Les anciens bûcheux ragent de l'intérieur quand ils jettent un coup d'oeil sur l'exploitation forestière d'aujourd'hui. Le gaspillage est flagrant, mais tout est parfait, selon les experts.

La forêt privée (6 millions d'hectares) à elle seule produirait l'équivalent des 17 millions de m3 récoltés sur 36 millions d'hectares de forêt publique l'an dernier - si elle était aménagée en rotations comme le faisaient les fermiers de la Gatineau jusqu'aux années 1960 (3 m3/hectare). Aménagée comme en Suisse (7 m3/hectare), elle produirait 42 millions de m3, soit autant que la plus grosse récolte du Québec. 

Les entreprises, pas plus que des immeubles, ne sont dotées d'intelligence. Elles ne se rendent même pas compte qu'elles scient leur propre branche en détruisant habitats, sols et régénération. 

Les entreprises sont incapables de se contrôler seules. C'est aux parlementaires, qui sont élus pour ça, de leur imposer un comportement plus raisonnable et de protéger les ressources pour les autres générations.

L'auteur, Dominique Bhérer, est vétérinaire à Maniwaki.

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